Road trip Balkans (2/3) – Bosnie Herzegovine (2011)

26 Oct

La Bosnie-Herzégovine! On souhaitait se rendre ici car c’est pour Julien et moi le premier souvenir que nous avons de la guerre (du haut de nos 25 ans). Je crois que c’est à travers cette guerre que j’ai commencé à comprendre étant jeune que tout n’étaient pas tout beau et rose, qu’il y avait pas mal de conflits (à l’époque dans les Balkans mais aussi au Rwanda etc…).

Nous voici donc à Sarajevo (après une nouvelle nuit dans la voiture et quelques fous rire grâce à des rencontres faites sur la route, pas mal de spécimens dans le coin!). En chemin les paysages sont sublimes mais on sent que la guerre a été violente ici, pas une maison n’a été épargné, toutes sont marquées par des traces de tirs, d’obus, des cimetières dans le jardin etc… A Sarajevo le centre est très touristique, tout est reconstruit (ou presque!), il faut reconnaitre que vu d’ici la ville est belle, un charme bizarre se dégage, on perçoit une sorte de fierté, fierté à être toujours debout malgré un passé chaotique. Mais en s’écartant un peu on découvre une autre facette, les gamins (aux yeux incroyables, notamment un qui m’a foudroyé, jamais vu un regard pareil) qui mendient, des gens qui « campent » dans des ruines, et les immeubles ravagés.

 

A Sarajevo nous n’avons pas vraiment fait de rencontres, nous prenons donc la route pour Mostar. Cette ville, sera certainement notre lieu favoris durant ce voyage. On sait qu’il y a un quartier touristique ici (avec le mythique pont) mais on doit pas être doué car on l’a pas trouvé de suite. Du coup on préfère faire un petit tour autour de la ville pour voir comment vivent les gens on constate que la guerre a été peut être encore plus violente ici qu’à Sarajevo. Nous allons avoir la chance de rencontrer une famille de Mostar et de dormir chez eux, d’apprendre sur leur histoire. Après quelques heures cette famille veut bien nous raconter leur vécu, on trouve enfin ce qu’on cherchait, une leçon de vie.

La famille est de confession musulmane (pas pratiquante) mais à l’époque il ne faisait pas bon être musulman ici, la majorité d’entre eux vivaient tous au même endroit.
Un matin à 6h, Semir (le mari) entend frapper à sa porte et va ouvrir. C’était l’armée Croate : « quelle est votre nom? » – « Semir pourquoi?« . L’armée ne lui laissera même pas le temps d’embrasser sa femme et l’emmènera dans un camp de concentration car il avait un nom à consonance musulmane (dans son malheur il aura eu de la chance, dans l’immeuble voisin, tout les hommes musulmans ont été tué sur place pour les mêmes raisons).
Senada (la femme), se retrouvera seule pendant quelques mois à survivre dans son appartement. Ils n’ont pas pu faire de provision car la guerre a démarré d’un coup. Environ 500 tirs d’obus et grenades par jour vont donner le rythme à leur survie.
Impossible de se nourrir, il n’y a plus de vie dehors, c’est l’apocalypse…

Senada ne pouvait même pas allumer une bougie ni même ouvrir ses volets sinon les snipers postés sur les collines visaient les fenêtres…
Un jour Semir arrivera à s’enfuir du camp, ils parviendront à quitter leur appartement pour se réfugier avec d’autres rescapés sous des ponts, dans des ruines et se nourriront d’herbes et de racines durant près de 4 années. Impossible de fuir pour le moment la ville est encerclée par l’armée Croate.

Les larmes commenceront à couler lorsque Senada nous expliquera que son père est mort dans ce camp, que son cousin à été brûlé vivant dans sa maison… Semir lui se laissera aller lorsqu’il évoquera l’ONU. Il a notamment en souvenir un jour où des gens appelaient à l’aide des soldats, les suppliant de les emmener avant de se faire tuer, les soldats n’ont pas bougé et ont assisté aux exécutions qui se déroulaient à quelques mètres d’eux sans intervenir. « Je les déteste! » nous répétait il.
Semir et Senada ne pouvait plus se rendre dans leur appartement qui était occupé par l’armée Croate…
Puis un jour ils parviendront à quitter la Bosnie pour l’Allemagne (en faisant de faux passeport par le biais de mafias etc, digne d’un film!). Il referont leur vie tout doucement et travailleront dans des usines BMW. Mais à la fin de la guerre, l’Allemagne « invite » (sans vraiment laisser le choix!) les réfugiés à retourner dans leur pays.
Semir et Senada se retrouve à nouveau sans toit et vont entamer des recherches afin de retrouver une preuve écrite que leur appartement leur appartient (étant donné que l’armée Croate les avait exproprié et brûlé toutes les preuves durant la guerre). Cela durera 4 ans… puis ils parviendront à récupérer leur appartement (encore rempli de Grenades et fusils mitrailleur de l’armée). Mais plusieurs familles n’ont pas pu retrouver de preuve, et c’est pourquoi grand nombre de personnes errent dans les ruines de Mostar, Sarajevo etc…

Aujourd’hui ils ont une fille de 14 ans, Sarah. Ils rêvent de quitter la Bosnie car selon eux les tensions existent toujours… Les musulmans et les chrétiens ne vont pas dans les mêmes écoles, en fonction des mots que tu emploies et de ton faciès on te servira (ou pas!) dans un magasin. Et c’est compréhensible, même si Semir et Senada prônent la paix, comment parvenir à oublier la mort de son frère, de sa sœur, de ses amis, en quelques années…
C’était il y a seulement 15 ans, les murs, les visages, les cœurs sont encore marqués par ce triste passé.


On restera avec eux également pour se marrer hein! Je garde notamment un bon souvenir : apprendre à leur fille Sarah à faire du roller en pleine nuit dans « le ghetto » de Mostar accompagné par ses amis ravis d’avoir des jeunes comme Ju et moi avec qui échanger.
Petit anecdote, ces amis âgés de 14 ans enchainaient clope sur clope… Julien dira à l’un d’entre eux (et comme tout le monde l’aurait fait) « tu sais c’est dangereux de fumer! » – le petit de 14 ans nous répondra « la vie elle même est dangereuse… » Ca résume bien les cicatrices encore présentes dans le cœur de ces jeunes.


Concernant le pont qui est l’attrait touristique de la ville. L’armée croate dira qu’il s’est écroulé parce qu’il était trop vieux. En réalité, un tank était perché sur une colline et l’a pilonné durant 5 jours afin que ce symbole de l’empire Ottoman (et donc musulman) ne perdure pas. Il se trouve dans un quartier touristique reconstruit de A à Z, la majorité des touristes percevront Mostar comme une charmante bourgade remplie de petits commerces mais n’iront peut être pas assez loin avec leur bus climatisé pour rencontrer des jeunes comme Antonio et sa cigarette…

Enjoué de ces rencontres, de ces histoires, de ces leçons, nous quittons Mostar pour un petit bout de paradis : Kravice. Une forêt colorée, des cascades aux eaux limpides, en arrivant le gardien du parc nous donne son accord pour dormir ici (pas très touristique en cette saison, nous sommes les seuls!) à condition qu’on l’autorise à fermer une barrière derrière lui (pour que personne d’autres ne rentre) pas de problème, il nous assure qu’il sera de retour vers 8h du mat!

Le monde est à nous, Julien sort les casseroles et prépare un plat de pâtes énorme, les cascades sont sublimes et on passe la soirée et le réveil à faire des photos et à se raconter quelques histoires liées à nos voyages respectifs. Le matin, on attend le gardien pour partir mais les heures passent et toujours pas de nouvelles…
Le côté impulsif de Julien ressort et mon côté arabe toujours présent ont fait qu’on est parvenu à défoncer le cadenas de la barrière pour pouvoir partir et reprendre la route… direction la Croatie!

Si vous désirez visionner + de photos de ce voyage dans les Balkans, cliquez ici

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