Vacances et voyage

18 Jan

(Janvier 2012)

Potosi est une ville minière… Un drôle de mélange où les touristes viennent faire un voyage dans ce que l’on pensait être du passé… Avec Elise et Yo (et l’espagnole Isur) on était pas trop sur de ce que l’on voulait faire. Se prendre une claque en visitant des mines? Est-ce que cela peut être utile aux mineurs d’avoir un échange avec les touristes que nous sommes? Après plusieurs heures à cogiter Isur nous dit qu’elle a trouvé une visite qui semble honnête. On opte pour celle-ci un peu à reculons et sans trop savoir à quoi s’attendre…

Quelques argentins sont avec nous lorsque l’on se prépare à rentrer. Je garde en souvenir la phrase de l’une d’elle “je préfère avoir des bottes jaunes!” Une crétine qui se soucie de son apparence avant d’aller visiter des mines où des gamins se font exploiter. Pauvre fille! Dans le collectivos (petit bus) pour monter aux mines on commence déjà à regretter d’avoir opté pour ce tour (pendant que les argentins présents semblent partir en colonie) le guide nous débite un discours formaté en éloge à Evo Morales (président actuel) et à la croissance bolivienne. Avant même d’entrer je suis déjà choqué par quelques visages marqués. En se dirigeant vers les mines je questionne le “guide” sur les moindre détails que je vois :

–  “Que fait cette femme là bas au loin?”
– “Elle trie les meilleurs pierres et surveille l’entrée des mines”
– “Mais je croyais que seul les hommes travaillaient ici non?”
– “Oui mais elle, elle travaille ici avec ses enfants parce que son fils est mort dans un accident dans les mines”
–  “Et les petits là haut? » (environ 4/5 ans)
– “Eux ils surveillent le matériel et l’entrée des mines la nuit pour empêcher les voleurs de se servir”.
– “On peut aller à leur rencontre?”
-“Hum… Oui si tu veux”

 On coupe donc à travers les pentes pour aller les rencontrer. On se dirige doucement vers ces anges aux ailes déjà brulées… Yo et moi parlons avec un petit “Giovanni” pendant que le groupe nous rattrape doucement. Une porte s’ouvre soudainement à quelques mètres de nous et un gamin de 15 ans marqué par un travail de bagnard apparaît, surpris (et pas vraiment enjoué) de voir un troupeau de touristes ici… La peau pleine de poussière, les joues gonflées par la coca… Le guide nous invite “à profiter » de sa présence pour faire des photos. Elise, Isur, Yoann et moi reculons d’une dizaine de pas, honteux, pendant que les argentins profitent de cette “attraction soudaine”.

Ces idiots feront des photos en posant au mieux pour alimenter leurs comptes facebook… Nous 4 sommes choqués par cette image. On s’enfonce dans la mine en craignant de ne pas pouvoir supporter des rencontres semblables. Mais petit à petit la visite se transforme en visite spéléologique, en cours d’histoire, tout aussi organisé, des visites reconstituées, des rencontres provoquées, le guide invitera des connaissances dans les galeries pour simuler une rencontre impromptue. Bref rien de vrai mais à retenir malgré tout : 8 millions d’indigènes ont été tués ici à cause de la « mita ». (une loi de travaux forcés espagnole qui obligeait à l’époque de travailler 6 mois dans les mines, sans jours de repos, et ce 20 heures par jour.

A la sortie de la mine nous 4 sommes blasés mais au final c’est peut être pas plus mal d’avoir évité cela (de vraies rencontres) et je suis pas sur que j’aurais supporté d’être un touriste dans un zoo à ciel fermé.
Sur le chemin du retour on se tait, chacun à sa place, chacun dans ses pensées… De retour à l’auberge je me barre en solo pour me changer les idées et réfléchir sur cette étrange journée. En me promenant ainsi je rencontrerais quelques personnes à qui je pourrais poser quelques questions sur les mines (ça sonnait tellement faux le discours du guide qui disait que les mineurs étaient fiers et heureux de travailler ici etc).
Ces gens m’expliqueront les choses suivantes sur les mines : que Rosario est une mine encore en pleine activité, on l’appelle la mine des enfants du diable (une mine qui est un peu plus loin à quelques kilomètres). Elle est bruyante et il fait 35/40° à l’intérieur, peu d’air… et 800 enfants avoisinnant les 10/12 ans travaillent là bas. En général dans le Cerro Rico (montagne de Potosi) on gagne entre 2 et 2,5$ par jour mais pour les mines les plus dangereuses, cela peut monter jusqu’à 4$.

Devant chaque entrée des mines on retrouve une croix qui empêche les diables “Tios” qui sont à l’intérieur des mines de sortir. “Tio” c’est des statuettes de diables déposées par les espagnols dans les mines pour effrayer les indiens en leur disant que s’ils ne travaillaient pas, ils allaient se faire tuer par ces Dieux (Dios). Le son D n’existant pas dans la langue Quechua, los Dios sont devenus des Tios.

Donc si jamais parmis les gens qui lisent ce blog, certains pensent aller en Bolivie et se rendre à Potosi, si je peux me permettre de vous donner un conseil, n’optez pour aucunes de ces visites! C’est de la belle m&£#e! Prenez votre temps pour trainer dans les rues, parler, apprendre auprès des gens, et lorsque vous vous sentirez à l’aise, allez à l’entrée des mines et intéressez vous aux quotidien de ces gens.  Cette triste visite m’a fait penser au poème de Victor Hugo « Melancholia« . Je vous invite à y jeter un oeil, et idem si vous parvenez également à vous procurer le documentaire « Los mineros del diablo » qui retrace la (sur)vie d’un enfant mineur de la région.

Après une nuit à penser et à méditer là dessus, on finira par quitter Potosi, c’est ici que nos chemins se séparent pour le moment avec Isur qui reprend la route vers le Chili l’accordéon sous le coude! Buen viaje hermana!

Après quelques jours de bus nous nous sommes dirigés vers Coroico. Un autre style de ville, de belles ballades, des cascades, des papillons, des plantations de coca mais toujours autant de touristes (arf!). Malgré tout, je prends plaisir à être là, ce que j’apprécie particulièrement durant ces longs trajets en collectivos, c’est ce qui ne sera jamais marqué dans aucun guide! La vie bolivienne, le côté plus positif : les odeurs des marchés, les regards de ces vieillards approchant une quatre vingtaine radieuse, les gens qui sourient de nos conversations, les couleurs des vêtements, les petits qui dorment à même le sol dans le bus. C’est la Bolivie telle que je l’avais en tête, avec ses sons, ses parfums, ses visages qui défilent lentement à la vitesse du collectivos… J’ai le souvenir notamment d’une petite qui n’osait pas nous regarder directement, intriguée par ces 3 blancs. Ses yeux cachaient des reflets timides, elle esquivait chaque regard. Une partie de cache-cache à laquelle on aura joué durant tout le trajet.

Puis de ces montagnes, on a décidé de se diriger vers la Pampa amazonienne à 15 heures de bus. En partant d’ici, on y va au culot et on « choppe » un bus où on était normalement censé réserver. Il n’y a donc pas de place à l’intérieur mais le chauffeur nous installe près des soutes… Haha! Parfait! On est confiné à 4 dedans (avec une écrivaine canadienne) pendant les 15 prochaines heures. La route restera fermée pendant 2 heures suite à des éboulements. A l’intérieur de cette soute, une merveille malgré la chaleur (forcément, près du moteur!). On frôle la route, le nez dans les ravins. J’ai l’impression d’observer la nature par le trou d’une serrure grâce à une minuscule fenêtre, magnifique, une route étroite intimidante, des ravins, des cascades, à l’image de la nature : brutalement douce… Furieusement belle!

Puis arrivés dans la pampa, nous nous faisons « piquer » par un tour qu’on négocie à moitié prix. Le guide Reynaldo est cool mais je m’interroge sur les bienfaits de ces tours (j’en ai jamais fait de ma vie auparavant et ai toujours critiqué cela, le salar était le premier, les mines le second, et me vlà embarqué dans le troisième).

Ca ressemble tristement à une consommation de souvenirs => du « fast memories« , les gens n’ont pas/plus le temps de patienter, il faut donc collecter au plus vite des images (tout en dégradant ce lieu qu’on trouve superbe à coup de pétrole dans l’eau, de bruit, de flash la nuit dans les yeux des animaux etc). Je trouve dommage et triste que ces gens se contentent de consommer des “souvenirs” ainsi. Ils collectent leurs images mais ne rencontrent personne… Un pays c’est bien plus qu’un monument, que des animaux typiques, mais c’est ses gens, ses cultures, et ça on ne le croisera jamais dans un tour! Je trouve dommage que beaucoup de personnes suivent ainsi des chemins tracés (que ce soit dans la vie de tous les jours, comme en voyage). L’existence est trop courte pour en faire une pâle copie conforme, pour rentrer dans une vie uniformisée, ces gens préfèrent se faire guider alors qu’il est tellement bon de se laisser perdre… Dommage.

Cela aura été beau certes, on croisera tout de même des toucans, des dauphins roses, des caimans, des colibris, des alligators et diverses races de singes, mais j’aurais vraiment du mal avec ce “tour”… Le coup de grâce sera pour moi « l’observation du couché de soleil” en rangée… Arf! Dommage que l’on se trouvait sur un endroit fermé (maison sur pilotis) sinon je me serais barré en courant… Au moment où la nature nous dévoile son intimité, qu’elle colore le temps avec talent, on entend des crétins se vanter de leurs exploits en voyages, des poufs parler de leurs rencontres dans les auberges, le tout avec une canette de bière à la main (qu’ils finiront peut être par jeter dans l’eau?)… Or la première leçon du voyage que je pense avoir acquise c’est le bonheur simple (cf : les larmes du joie du vieux papou)…

Ils confondent je pense voyage et vacances. Ils craignent de ne pouvoir savourer la lenteur et le temps qui passe avec passion et fonce vers une précipitation organisée… Pourquoi aller si vite quand la nature prend tout son temps!? Ce qui est clair c’est que c’était l’ultime tour de ma vie! J’en avais jamais fait jusque là, je critiquais cela depuis des années, y compris lors des quelques présentations que j’ai pu faire dans des lycées etc, là je confirme! C’est une belle merde (Oops désolé!) et maintenant je sais de quoi je parle! Les Zamoureux aussi n’adhéraient pas trop et je pense que c’était l’ultime pour eux également. Le bon côté sera de voir les 2 amoureux nager dans le fleuve au milieu de dauphins roses et de les entendre s’extasier à la vue de toucan.

Aujourd’hui je me trouve à La Paz (capitale) après un trajet assez “marrant” 12 heures de retard et 22 heures de bus. En ouvrant mes mails à l’arrivée je vois dans un message de Fabrice (du festival du grand bivouac) et d’Eric qui après plusieurs échanges me confirment que je vais pouvoir les aider sur un projet auprès des indiens Kallawayas (médecins traditionnels réputés, leur savoir est reconnu au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis quelques années). Quelqu’un vient me chercher samedi et je pars dans un village perché à 4200m, loin des chemins tracés, la vie de bohème revient vers moi (Yiha!) et je vais enfin pouvoir commencer mon voyage. Ces dernières semaines étaient plus un « échauffement », des « vacances entre amis », maintenant place au voyage, l’inconnu, la solitude, l’apprentissage et la découverte. J’ai hâte d’apprendre auprès de ces gens sur leur savoir vivre et leur savoir être…

Un grand merci à Dame Elise et tata Yoyo, je me suis bien marré et j’embarque avec moi une multitude de bons souvenirs! (Que l’on va partager pendant pas mal d’années je pense). Ca fait plaisir de voir 2 amoureux pareils, curieux de la vie et de ses gens! Bonne route à vous!

Avec quelques jours de retards : un bon anniversaire à ma mère et à mon frère!

P.s : A y est! J’ai fini de lire la dizaine de livres qui m’accompagnaient dans mon sac. Des conseils de lecture? Parmi ces livres je conseillerai notamment “Quand s’élèvent nos voix” de Sylvie Brieu.

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4 Réponses to “Vacances et voyage”

  1. Melimelo 19 janvier 2012 à 13 h 41 min #

    Excellent tes articles s’enchainent comme un livre de voyage, un régal! Tu fais rire et réfléchir, vivement la suite!
    T’appelles ça des vacances le fait de dormir dehors dans des parcs publiques? Faire du stop sous la pluie pendant des heures? 30 heures de voyages (et parfois dans des soutes!?) « Fifou »!
    Bonne année à toi Clem et bon « voyage » auprès de tes nouvelles rencontres (indiens Kallawayas et autres)

  2. Mathilde 20 janvier 2012 à 14 h 04 min #

    J’ai croisé ton blog par hasard, mais je viens de m’abonner!
    J’apprécie particulièrement ta façon de raconter ton voyage, on a l’impression d’être dans ton sac et de suivre chacune de tes pensées. Et les photos sont splendides!
    Félicitations et bonne continuation!

  3. Pierre 21 janvier 2012 à 14 h 07 min #

    Excellent blog!
    Drôle et intelligent, continuez ainsi!

  4. NowMadNow 16 février 2012 à 5 h 03 min #

    Je suis arrivée sur ton blog par le plus grand des hasards…

    Je reviendrai.

    NowMadNow

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