Entre tradition, folklore et Opu$ Dei

3 Fév

(La Paz – Bolivie)

(Février 2012)

Au final, le départ de La Paz ne s’est pas fait le samedi (21 janvier). S’il y a une chose à retenir en Bolivie c’est que “tout est possible, mais rien n’est sur!” Par contre j’ai eu la chance de rencontrer Ada, une jeune femme de la communauté Kallawaya où je dois me rendre qui m’a un peu conseillé sur ma venue dans les villages. Ses cheveux foncés sont décorés d’un serre-tête traditionnel, elle est accompagnée de son petit : Sergio qui m’envoute par ses yeux éveillés. 
Le but de ma venue au village est d’aider pour un projet de parrainage d’enfants créé par l’association ECLat. Le 5 février 2011 est survenu un accident de voiture (chute dans un ravin) où 3 personnes sont décédées. Trois pères de famille qui ont laissé derrière eux 14 orphelins. La situation pour les familles est compliquée, difficile pour les mères d’avoir un travail et d’élever 6 enfants, dure en conséquence de nourrir ses enfants convenablement. Le but de ce parrainage est donc non pas de parrainer un enfant en particulier, mais l’ensemble des familles pour les aider à subvenir à leurs besoins vitaux.

A cela s’ajoute un projet de parrainage aidant les enfants des communautés voisines qui souhaitent apprendre la médecine traditionnelle Kallawaya (ce qui permet d’aider à la préservation des savoirs ancestraux). J’ai également pu fixer un rendez-vous avec quelqu’un du village qui est descendu pour me rencontrer le mercredi (24 janvier). Ca permettra d’organiser un peu ma venue afin que les gens là haut soient bien au courant.

Donc au final les amoureux m’ont accompagné un peu plus dans mon attente et on a commencé à se faire un peu notre nid à La Paz. Ils s’étaient mis d’accord pour rester avec moi jusqu’au mercredi. On avait presque l’impression d’être chez nous, les commerçants nous connaissaient, j’avais presque l’impression d’avoir retrouvé ma p’tite vie grenobloise (sans les pizzas!).  On s’est acclimaté à l’altitude (3800m), on évitait encore de faire des joggings ici mais on se fatiguait moins rapidement, on flânait sur les marchés, dans les rues pavées où la viande sèche en plein air entre d’anciennes constructions espagnoles. On sirotait des jus faits dans la rue par des mamies souriantes. Bref, à la maison!

Chanceux que nous sommes, il se trouve que les prochains jours sont festifs : fête nationale, fêtes locales, un peu de tout pour tout les goûts. En trainant dans les rues, on tombe d’abord sur une fête locale qui honnore l’anniversaire d’un marché. Les femmes sont magnifiques (des chapeaux, des parures etc)  et les hommes jouent de la musique et font exploser leurs pétards. On profite de cette fête et accompagnons ces gens sur les hauteurs de La Paz.

(Fête du marché d’Uruguay à La Paz)

(Les chapeaux boliviens)

Le soir sur le chemin du retour, on se met d’accord sur une idée : Pourquoi pas rigoler le lendemain en allant voir un match de Cholitas. Qu’est ce que c’est? Du catch de boliviennes! C’est réputé ici, alors pourquoi pas!? On se renseigne un peu, le lendemain matin au réveil je sursaute en voyant ma tête dans la glace, je file chez le coiffeur avec Elise (1€) et en profite pour s’informer au sujet de ces Cholitas.

(Jackson touffe)

Les coiffeurs nous orientent et nous donnent tout les conseils pour éviter de se perdre. On monte donc en collectivos pour se rendre sur les hauteurs de La Paz, tout excité, on fait la queue devant la salle, puis arrivé devant la caisse on aperçoit une pancarte expliquant que le prix est de 15 boliviannos pour les locaux et de 50 pour les touristes…

Hum!??

 Quelques uns vont certainement me critiquer, 50 bolivianos c’est rien (5,50€) mais c’est plus le principe qui me dérange (et pour ceux qui me connaissent, vous savez comment je fonctionne avec mes principes). Du coup je me rebelle un peu, Yoann semble ne pas apprécier non plus. On se met d’accord tout les 3 pour ne pas payer 50 bolivianos juste par ce que nous sommes blancs. 
On décide de laisser la salle se remplir et de voir à la fin si on peut pas négocier nos places au véritable prix. Petit à petit, d’autres touristes (2 allemands, et 2 français) se joignent à nous, surpris également du prix réservés aux touristes (en général, ceux-ci réservent via des tours à 80 bolivianos et sont parqués dans un coin de la salle, par sécurité parait-il).

Je me décide à tenter de négocier une fois la salle comble, les débats sont houleux, je tente d’expliquer que ce principe est une bêtise, que certes les touristes ont (je pense) plus de sous que la majorité des boliviens mais que ce n’est pas une raison pour nous faire payer plus juste en fonction de nos origines, et qu’il est encore plus débile de faire une caisse à gauche pour les locaux, et une caisse à droite pour les touristes, ça a des allures d’apartheid… Petit à petit la tension monte mais j’arrive à convaincre une caissière qui s’en va transmettre mon message au gérant. Elle revient en me disant qu’elle peut baisser à 30 bolivianos (ça reste le double du prix!) mais qu’elle me donne que 4 places, car selon elle, j’ai volontairement stoppé les touristes et j’ai monté mon propre buisness… Dégouté par cela, on prend les 4 places et on les donne aux 4 touristes.
 Elise Yo et moi sommes à la fois blasés par la situation mais heureux d’être allés jusqu’au bout de nos convictions. Du coup on savoure notre “petite victoire” sur nous même en mangeant des cacahuètes et en appréciant La Paz vue d’en haut.

(Elise surplombe La Paz)

Puis durant les jours suivant on continue notre petite vie à flâner dans les quartiers, à rencontrer quelques jeunes sympas qui nous guideront et nous conseilleront sur les choses à voir et à faire à La Paz. Tous insisteront sur “Alasitas”. C’est une fête qui se déroule prochainement et qui a pour but d’offrir des voeux en miniatures qui se réaliseront dans l’année. Si par exemple je souhaite que quelqu’un acquiert une nouvelle maison dans l’année, j’achète en miniature une petite maison et je lui offre! Parait que ça fonctionne (et dans ce cas cette personne aura intérêt à m’inviter à sa crémaillère!). 
Ok, vamos!

(Bâtiment officiel décoré aux couleurs de la Bolivie et du Wiphala – drapeau Aymara)

Jour de fête de Alasitas, les rues sont bondées, de la fumée d’encens de partout, et des échos de vœux qui raisonnent dans les ruelles “dollars! dollars! euros!”. En effet, on trouve en miniature quelques voitures, quelques maisonnettes et tiendas, mais ce qui domine : c’est l’argent! Arf!! Petit à petit on comprend d’où vient cette odeur d’encens. Afin que les vœux se réalisent, il faut les faire “bénir” par des chamans. Des chamans qui feront des incantations à Pachamama (la terre mère) avec une croix en or dans la main à condition de les payer (argent, alcool etc). Triste mélange…

(Chaman en pleine incantation)

(Chaman)

(Portrait chaman)

(Vente des miniatures)

Mais le plus fou, après les incantations, les gens se bousculent tous devant l’église de San Pedro (qui est magnifique au passage) pour faire bénir leurs vœux cupides par des prêtres… Voilà où en est donc la religion? Je ne vise aucunes religions en particulier, c’est tout aussi valable pour la stratégie marketing du Vatican, le buisness de la Mecque etc… Mais pour moi une religion ne devrait pas être basée sur l’argent, la cupidité. Au contraire la base d’une religion n’est elle pas le partage, la simplicité?
Je ne dénigre aucunes religions, toutes sont respectables je pense quand la pratique est bonne. Quelque soit le nom que porte celle-ci, je pense que si un Homme parvient au cœur même de sa propre religion, il se trouve de ce fait, au cœur même des autres religions.

Mais j’aurais tant aimé donner mon sentiment à ces gens, que s’ils ont des rêves que leurs offrandes et leurs incantations tordues ne serviront à rien. Si vous avez des rêves qui vous paraissent insurmontable, au lieu de les repousser constamment, de jouer à l’Euromillions pour peut-être un jour « pouvoir faire », « avoir une vie de rêve », écrivez plutôt sur une feuille ce qui vous empêche de  vivre ces rêves (cf : livre de Laurent Gournelle – L’homme qui voulait être heureux). Vous verrez je pense que peu d’obstacles vous feront face. Il suffit d’oser! Décidez-vous, laisser vous vivre! Et si l’argent reste votre problème, je me permettrais alors de vous citer un proverbe d’un navigateur et écrivain français qui armé de motivation a fait plusieurs fois le tour du monde :

« On peut aller très loin et mener une vie intéressante avec peu d’argent au départ car on se débrouille toujours en chemin… A condition d’être en chemin! » – Moitessier

(Les prêtres bénissent les vœux)

(Bénédiction en masse devant l’église)

Au lendemain de cette étrange fête, les amoureux sont maintenant sur le départ. On sent une pointe d’amertume chez chacun de nous mais il faut bien qu’on reprenne la route à un moment. Je les accompagne jusqu’au bus, on fait comme si de rien n’était jusqu’au dernier moment, un “hasta luego” bref et bon voyage à vous les cocos! Ca promet de belles histoires au retour! Merci!

L’après midi j’ai rendez vous avec Orlando, l’homme qui va m’aider pour ce projet auprès des villages Kallawayas. Hâte de le rencontrer! Durant les heures qui précédent mon rendez vous, je fais plein de recherches sur internet pour  connaitre un minimum mon sujet. Après l’avoir retrouvé, il me propose d’aller manger ensemble. Je l’invite dans un petit restaurant pas trop moderne mais propre. Il prend ses aises, commande une salade, mais le mythe tombera au moment où il commandera sa boisson : un “coca cola”. La façon dont raisonne cette marque dans la bouche de mon invité sera pour moi une flèche en plein cœur. Mon idéal d’un autre monde que j’espérais retrouver après la Papouasie, mon idéal d’une autre culture s’effondrera en quelques secondes… Malgré tout je parviens à le questionner sur les villages, la façon de procéder. Nous finissons par prendre les billets de bus ensemble, le départ pour les montagnes Kallawayas est prévu pour le lendemain…

P.S : Un grand merci aux personnes qui suivent et partage ce blog. En un peu plus d’un mois j’ai déjà eu 2000 pages vues! Merci également aux personnes m’envoyant des mails, des commentaires, etc. Grâce à vous il y a une multitude de projets naissant pour mon retour en France. Je suis très très touché par vos messages. Merci!

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