Face à face en Equateur

12 Mar

(Mars 2012)
L’Équateur. Je ne connaissais rien de ce pays avant de le croiser (sur mon chemin pour rejoindre la Colombie). Au final ce fut une belle surprise et c’est pourquoi j’ai décidé d’en profiter durant quelques semaines! Des maisons colorées, des petits vieux qui passent la journée adossés à un mur. Des femmes aux formes généreuses qui marchent avec une nonchalance délicieuse, les échos des rires de gamins qui raisonnent dans les quartiers historiques. Des plantations de cannes à sucre qui s’alternent avec des bananiers…

J’étais parti dans l’idée de voir des volcans et de retourner en Amazonie à la rencontre du peuple Shuar qui sont en conflit avec des compagnies pétrolières américaines (Merci Jade d’ailleurs pour ton aide!) et au final… ne désirant toujours pas avoir de programme, mes idées étaient faites pour être chamboulées. Je me suis donc laissé porter par le hasard.
En croisant quelques touristes à chaque fois les mêmes interrogations : “Comment! Tu n’as pas fait ça, tu n’es pas allé ici!!”. J’aurais aimé prendre le temps de leur expliquer mes motivations mais pas l’envie… Donc je haussais les épaules en guise de réponse (et gardais mon euphorie pour moi).

Il y a ceux qui font des kilométrages, qui cochent les monuments, les choses “à faire” comme ils disent le nez plongé dans leur guide ; et il y en a d’autres pour qui voyager c’est aussi (et surtout) s’arrêter, écouter, se perdre, apprendre, comprendre. J’ai préféré m’intéresser aux gens plutôt qu’aux immanquables du pays. Comprendre les envies et les espérances du peuple équatorien en flânant dans les rues.

Notamment Luis, un petit vieux fermé par ses rhumatismes, une voix sincère et chaude comme dans un gospel, la barbe hirsute et la larme facile. Luis est SDF. J’ai passé une après midi à ses côtés. Au départ notre discussion a commencé en blaguant (toujours plus facile de rire que d’exprimer ce qu’on ressent). Puis au fur et à mesure de la conversion, ses yeux rieurs se sont transformés en ceux d’un tigre fragile. Envie de s’en sortir, envie de se battre mais dépité, fatigué par sa vie… Sa voix dégageait beaucoup de douceur et ses yeux plongeaient dans les miens avec intensité. Son histoire serait trop longue à expliquer mais comme beaucoup de gens, Luis a été détestable avec ses proches dans le passé mais arrive à être aimable désormais avec le premier venu. Aujourd’hui, il se bat avec intelligence pour s’en sortir. Suerte Luis!

J’aurais également pu leur raconter l’histoire du petit Leandro, 11 ans, enfant de la rue qui nettoie les par-brises des voitures au feu rouge. Une vie nourrit de peu de câlins, de beaucoup de baffes. Peu de douceurs, beaucoup de pain sec. Leandro est un petit brun tout ébouriffé, des fossettes ponctuent ses joues, et il a des séquelles incrustés dans ses yeux d’enfant… Une beauté blessée d’un gamin qui a fuit son village frappé par son père. Aujourd’hui il vit dehors avec des amis (d’autres jeunes). Ils dorment dans des parcs, sur des places. Lors de nos conversations je voyais comme des braises allumées dans ses yeux fatigués. Un gamin qui rêve d’embrasser le soleil, qui rêve de tutoyer le bonheur. Je lui ai donné le contact d’une amie qui travaille dans une association pour les enfants de la rue de Quito. Aucune idée s’il a donné suite à cela.

Mais aussi des rencontres plus joyeuses comme Andréa! 1,60m de passion 50kg de doute, une jeune étudiante en langues passionnée par le chant qui m’a fait visiter la ville. Comme beaucoup d’entre nous, elle s’est laissée imposer ses choix par notre société, le « travail d’abord ». Elle rêve de devenir chanteuse (et elle en a le talent) mais elle hésite à oser tendre les bras à sa passion. Elle déroulait sa pensée au fur et à mesure de nos foulées dans le centre historique de Quito (capitale équatorienne). Après de longues conversations à ses côtés, je pense qu’elle va laisser sa passion murir en elle, jusqu’au jour où elle va tenter le coup (et qu’elle réussira!)
Comme le disait le bon vieux Sénèque : « ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles« .

Sans oublier Rommy, une jeune équatorienne qui respire la joie de vivre qui m’a invité à une manifestation où 70 femmes protestaient en vélo dans la ville. Une chance de pouvoir les accompagner pour apprendre sur la situation (difficile) des femmes en Equateur (pas mal de machisme).  Durant la manifestation, une folie de mouvements, une ivresse de vie semblait les animer! Un bonheur de les voir s’investir avec humour dans un combat de tout instant, dans l’unité au service d’une cause. Viva las carishinas en bici!

Le voyage pour moi, c’est une manière de chercher et d’essayer de trouver dans l’humain ce qu’il y a de plus noble. C’est ce qui me permet de garder foi en la nature humaine. Personne ne peut prévoir l’avenir, c’est pourquoi j’écoute le présent. J’essaie de prendre soin de l’instant en m’intéressant à ces personnes, en apprenant d’eux et en offrant le peu que je peux donner : une présence, un échange, une conversation… Je tente d’apprendre à leurs côtés et parviens parfois à explorer la géographie de leurs âmes, leurs histoires. La parole m’intéresse quand elle est contraire à une protection, une crainte de l’autre. Quand elle est contraire à l’hypocrisie (qui nous entoure), quand il y a un aveu, une confidence. J’aime quand les gens se parlent comme on se déshabille, non pas pour se montrer, frimer, mais pour cesser de se cacher!

Au milieu de ces histoires de vie la majorité des touristes passent sans même leur accorder de l’importance. Ils viennent du monde entier y chercher leurs souvenirs, visiter les îles Galapagos, cocher les choses “à faire”… Ils débarquent à l’aéroport, la plupart d’entre eux s’enferment dans des tours organisés, des hôtels, se cachent derrière leurs lunettes de marques à vision limitée et passent du coup à côté de l’essentiel : le quotidien des habitants de ce sublime pays.

Ce genre de voyage est possible à des milliers de kilomètres comme devant sa porte, en s’intéressant à l’histoire de son voisin, d’une personne qui vous intrigue dans la rue. Constamment nous avons le choix : être devant sa télé à 20h et regarder le monde s’agiter, ou participer à ce mouvement. Si près de nous il existe des lieux où malgré des histoires difficiles des sourires sincères s’affichent sans complexe. Nombre de voyageurs ont tenté l’aventure…Pourquoi pas nous? 😉

P.s : Aujourd’hui j’ai continué ma route vers le Nord en mélangeant stop et petit collectivos, toujours des rencontres, encore plus d’histoires… Et me voilà en Colombie! (Yiha!)

Publicités

3 Réponses to “Face à face en Equateur”

  1. Carnet de voyage 12 mars 2012 à 9 h 57 min #

    Dommage que tu n’aies pas profiter de ton passage en Equateur pour te rendre dans les galapagos! Une petite semaine de découverte de ces îles , ça doit etre magique!

    • ticlem 12 mars 2012 à 14 h 39 min #

      Salut et merci pour ton message!
      Y a pleins d’autres îles à voir en chemin (moins touristiques, moins onéreuses) mais pas sur sur de recroiser des gens comme eux. 😉

  2. michel 12 mars 2012 à 15 h 25 min #

    salut,
    merçi pour ce superbe billet , apprécier le quotidiens d’autres que nous » égo centriques pré-fabriques » voila une demarche que j’apprecie tout particulierement . bonne continuation. A te suivre …
    michel.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :