Ôde vagabonde

21 Mar

(Coucher de soleil en Arizona – 2010)

(Mars 2012)
Fin mars… Déjà! C’est une période un peu spéciale pour moi ces jours-ci. Rien de grave car période de fête! Je fête mes 26 ans dans ce pays sublime qu’est la Colombie. Mais le meilleur dans tout ça (et de quoi danser la salsa pendant un bon moment) : 3 ans que j’ai démissionné! 3 ans que j’ai décidé de “changer de vie” en vadrouillant, en tentant de garder quelques valeurs inculquées par ma famille et mes proches, et en essayant d’effacer petit à petit celles inculquées par la société dans laquelle j’ai grandi. J’espère que les prochaines années continueront sur cette lancée, des rencontres, des apprentissages, de bonnes claques, des leçons de vie, des amitiés fusionnelles avec de purs inconnus. Pura vida!
Comment j’en suis arrivé là? Comment cela s’est déroulé?

Ca vous est déjà arrivé de faire l’état des lieux? Je veux dire… de votre vie? Ne serait-ce que 5mn durant toutes ces années? Au final qu’avons nous fait? Concrètement?
C’est sur cette réflexion que j’ai décidé de prendre la route il y a trois ans. Etant gamin j’avais des rêves : découvrir le monde, être archéologue, apprendre des cultures… Puis petit à petit les rêves s’effacent, on se range, on s’incline… Certains disent que c’est l’âge adulte (et ses obligations) qui veut ça. Puis j’ai commencé par me sentir lassé par une routine, l’impression de stagner, marre d’avoir une vie rangée, une vie sans un pli, comme envie de marcher à nouveau dans les faux pas de mon enfance, de sauter à pieds joints dans les flaques, de retourner à l’école de la vie! J’ai ainsi décidé de tenir promesse à l’enfant que j’étais et de demander asile à l’horizon.

Les réactions des proches furent parfois négatives mais cela a permis de faire le tri (et d’en rencontrer et renforcer d’autres). Une personne qui démissionne pour une situation « précaire« , pour voyager, tenter parfois d’apprendre de cultures qu’on considère comme arriérées, « loin de LA civilisation » n’est plus quelqu’un de fréquentable.
Aujourd’hui j’ai l’impression que notre Monde construit des marionnettes. Les cultures s’uniformisent et on fonce droit dans le mur sans réagir… Trop occupé à se regarder dans le miroir. On envisage le bonheur comme la matérialisation de tous nos désirs. Et le pire, c’est que nous le concevons uniquement sur un mode égocentrique! Nous évoluons dans un univers vide et privé de sens. On ne fait plus attention à ce qui nous entoure, obnubilé par ce que nous devons posséder, l’apparence que nous devons donner, le bonheur illusoire que nous devons dégager.

La réalité de la société dans laquelle on vit est qu’il y a des milliers et milliers de personnes qui mènent une vie dans un cri silencieux. Une vie dans laquelle ils travaillent de longues heures a un métier qu’ils détestent, pour leur donner la capacité d’acheter des choses dont ils n’ont pas besoin, pour impressionner des gens qu’ils n’aiment pas… – Nigel Marsh

(Un matin d’hiver à New York – 2010)

La société dans laquelle nous vivons se moque des gens. Elle leur vole leur temps! La seule chose non tarifée que chacun possède pour en faire ce qu’il veut. Tout se déroule comme si nous devions sacrifier chacune de nos minutes sur l’autel de l’économie. On nous presse constamment, comprenez! Il faut être rentable « le temps c’est de l’argent!”.
Alors on presse la vie… Comme un citron, et à la fin il ne restera plus qu’un vieux zeste auquel on tentera de donner du goût. Vouloir créer un nombre illimité de besoins pour avoir ensuite à les satisfaire n’est que poursuivre du vent!! Quand on y pense… On court ainsi après des choses de valeurs éphémères, et pour le reste, le temps nous manque ; et pourtant quand on approfondit un tant soit peu le problème, on voit bien qu’en fait seul importe ce qui est marqué du signe de l’éternité. La richesse débarrassée de tout ce qui est matériel peut devenir ainsi un délice simple.

Et ces petites choses de la vie, c’est ce qui manque à beaucoup. Ils ne vivent que pour de grandes choses artificielles, sans racines… Alors à la moindre contrariété, ils perdent pied. Le bonheur est fait de ces petits détails. On l’attend toujours avec une majuscule, mais il vient à nous tout timide sur des jambes frêles et peut nous passer sous le nez sans qu’on le remarque.

C’est la principale leçon que m’a appris le voyage, on cherche à vivre dans l’abondance quand la rareté est si bonne (l’effet Papou). Il n’est pas bon de penser à contresens, on regarde souvent les personnes qui partent plus loin qu’en « vacances” comme des « chiens errants », perdus… Pourquoi se perdre? Pour aller là où il n’y a pas de chemin, et laisser une trace de son passage. Tenter d’avoir un impact positif autour de soi. Pour partager l’amour qu’ils ont pour le monde et apprendre de leurs rencontres. Ils cherchent l’amour, l’amour qu’on ne compte pas, qu’on ne mesure pas et qui ne s’incarne pas par des chiffres. Ils rêvent à voix basse de faire changer les choses, et ce changement, cette lutte de tous les jours, elle repose sur l’amour. Pas sur l’ambition, le besoin d’avoir, de posséder mais sur l’Amour… Pas l’amour de soi non plus (ce serait triste!), mais sur l’amour des autres, l’amour de la Vie.

(Dream team en Papouasie – 2009)

Aujourd’hui on étudie la philosophie pendant des années, (certains interviennent même pour des interventions militaires auprès de notre gouvernement – Ouch!), à croire qu’il y a plus de philosophes que de philosophie comme disait l’autre. Ces vagabonds eux pratiquent la philosophie quotidiennement, se remettent constamment en question. Ils me donnent l’impression de retourner à la source même de la philosophie : se faire petit, curieux, réapprendre, comparer. Capable de vagabonder des heures dans leurs pensées les yeux fermés, d’errer dans les rues avec la démarche de quelqu’un qui regarde en lui même et non le chemin qu’il suit, qui prennent soin d’aller doucement dans un monde qui va trop vite.

Alors certes, contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas facile tout les jours. On dort parfois dans la rue, sous un pont, on frôle l’agression, on a froid, on crève de soif, on est trempé pendant des jours. Il ne faut pas croire que ces gens sont fous, qu’ils n’ont jamais peur, au contraire! Mais grâce au voyage ils apprennent à regarder leur peur en face, à lui donner un nom et à la surmonter. Je pense aussi avoir compris que dans la vie, le plus important ce n’est pas nécessairement d’être fort, mais de se sentir fort (parole d’un petit nain d’1,60m!). De se mettre à l’épreuve au moins une fois dans sa vie, de se retrouver au moins une fois dans les conditions les plus simples, d’affronter seul la nature, sans rien pour vous aider, si ce n’est votre tête et votre cœur.

Et quand il arrive un problème? La vie continue! La vie continue toujours! Elle te donne des raisons de pleurer et des raisons de rire. C’est la vie, faisons lui confiance. C’est comme une personne la vie, une personne qu’il faut prendre comme partenaire. Entrer dans son rythme, dans ses tourbillons, dans sa danse.

 Squatte dans un parc publique (Colombie – 2012)

En errant ainsi, tu apprends à redécouvrir, à passer des heures à contempler des paysages d’une simplicité poétique, te faire réveiller à l’aube par les couleurs changeantes des nuages, observer la couleur des oiseaux, l’odeur de la terre mouillée, le sens du vent. On (ré)apprend à s’enivrer de silence. Ce silence qui est tabou dans notre société, pour ces vagabonds il peut être le signe d’une grande joie qui ne trouve pas ses mots. Partout, ils gouttent à la beauté qui les entoure comme un charme sensuel, tout leur être s’ouvre et vibre au spectacle de la nature.

Alors on pourrait se dire oui mais la solitude? Ca doit être pesant? Haha! Combien fuient la solitude en s’entourant d’amis illusoires, qui semblent “bien entouré” mais qui au contraire sont incapables d’une vraie rencontre? Comment peut-on vivre avec les autres si on ne se connait pas d’abord? Comment celui qui ne sait habiter sa propre personne saurait il s’offrir aux autres? Narcisse a toujours eu horreur de la solitude, et cela se comprend : la solitude le laisse face à un vide où il se noie. Le vagabond au contraire a fait de ce vide son royaume où il se perd, se sauve et se trouve.  Pas d’égo, donc pas d’égoïsme! Que reste il alors? Le monde, l’amour, tout! Celui qui perçoit l’interdépendance de tous les phénomènes ne saurait souffrir de la solitude.

Je pense que tous ceux qui sont malheureux aujourd’hui le sont pour avoir cherché leur propre bonheur. Tous ceux qui sont heureux le sont pour avoir cherché le bonheur des autres. Les plaisirs auxquels notre société tente de nous convertir s’épuisent à mesure qu’on en profite, comme une chandelle qui se consume. Ces vagabonds eux, ne confondent pas plaisir et bonheur. A mes yeux, loin d’être des « chiens errants », ils sont des oiseaux! Libres, fous, vagabonds, des quetzals en quête de liberté que les marionnettes créées par notre monde regardent comme un oiseau vue d’en bas : clouées à terre.

Ce que j’espère pour la suite? C’est que les gens s’inspirent de leurs passages, de leurs rencontres pour déployer leurs ailes, et pourquoi pas tenter le coup! 😉 Qu’ils prennent le temps de se pencher sur ces esprits vagabonds comme on se penche sur un gouffre où bouillonne tout au fond un torrent inconnu, qui vient d’on ne sait où, qui va on ne sait où. Donc merci à toutes ces personnes qui m’inspirent, famille, proches, amis, écrivains, photographes, et inconnus qui sont sur le chemin (récemment Mick qui vadrouille ainsi depuis 6 ans, Dan qui s’en allait lorsque je l’ai croisé en kayak pour plusieurs années dans la jungle équatorienne). 
J’espère donc pouvoir continuer ainsi, continuer d’apprendre en chemin, continuer de me délester des choses matérielles qui m’encombrent (le sac s’allège!). Parait que la mort est sans bagage non? En conséquence, je ne veux rien ou presque, si ce n’est avoir les poches vides… et le cœur plein.

😉

Une bise à tous de Colombie!

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3 Réponses to “Ôde vagabonde”

  1. Lucille 21 mars 2012 à 22 h 49 min #

    Pas grand chose à ajouter, à part que c’est magnifique, et tu sais comme je partage. Juste Bravo et merci. Nous sommes tous, partout dans le monde fais de conventions, obligations, « il faut.. », la liberté c’est savoir se défaire de tous ces schémas, se ficher de ce que les autres pensent, être heureux et le partager. Continue ta belle route Clement, see u in Paris cet été! PS: 1er jour pour moi en Amérique du Sud, j’aime déjà. Départ demain pour la fôrêt amazonnienne au nord de Tarapoto, je vais rencontrer un guérisseur et m’enrichir de son savoir 🙂

  2. Chrissand 25 mars 2012 à 15 h 16 min #

    C’est toujours enrichissant de partir et de se libérer des contraintes quotidiennes.

    Profites bien de tes voyages!

  3. will 9 décembre 2012 à 22 h 21 min #

    j’aime tes pensees,j’ai les memes,du moins j’avais!en voyageant comme toi,laissant les « conseils » les « comment on doit vivre » de mes proches ,de ma famille,qui eux memes ne savent pas comment vivre leur propre vie!et puis en voyageant,j’ai trouver ma moitiee,ma femme,qui m’a donnée une fille donc je m suis un peu « posé » pour l’instant,j’ai repris le boulot un peu plus qu’avant,maintenant je bosse au moin 4 mois par an(mais pas plus!!!lol)mais j’aspire a cette vie de voyage,cette vie « differente que celle en societé »alors j’avance,doucement,mais surement,je profite,je cherche,je reflechis,(j’ai a construire un futur pour ma fille,du moins il faut que je la lance,que je la mette sur « le chemin »)voila!c’etait juste pour dire ca!!!!alors bonne route a toi!!!et see you on the road!

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