Images en tête

10 Mai

(Mai 2012)
La photographie? Bien plus qu’une image, c’est la lecture de la lumière” C’est comme ça que mon ami John Sylvoz (coach!) a commencé à m’initier à la photographie. Cette simple phrase a tout débloqué : la curiosité.
La curiosité d’observer les ombres dans la rue, de ne plus voir une flaque d’eau à éviter mais apprendre à voir les reflets du ciel que m’offre ce soit disant obstacle. Apprendre à chercher un cadrage, des perspectives : réinterpréter ce qui m’entoure.

La photographie est l’amante parfaite du voyage car tous deux dépendent de cette envie de voir autrement, de réanimer cette curiosité digne de notre enfance qui dort en nous. Grâce à cela j’ai pu découvrir une nouvelle façon de voyager.

Petit à petit, j’ai commencé à tenter de faire passer des messages (en lien avec la tournure que prend notre société, la situation des peuples autochtones dans le monde). Puis d’un outil elle est devenue une passion, ma confidente sur la route. L’image à quelque chose d’universelle, elle parle à l’Homme sans se soucier des langues ou des continents. Elle invite à penser, à sentir, à interpréter. Je pense qu’à travers elle il est possible de découvrir et d’offrir des sentiments nouveaux. Elle permet ainsi d’ouvrir une voie accessible vers des interrogations, des réflexions qui permettront de peut être mieux comprendre l’autre. La compréhension étant l’outil principal pour rendre un changement envisageable.

Si l’on comprenait tout, il est évident que l’on ne photographierait plus grand chose. On ne photographie pas sur des certitudes mais sur sur des malaises, sur des sentiments complexes. Ces images permettent d’ouvrir une brèche dans l’intimité du temps, de se questionner, faire l’état des lieux – extérieurement et intérieurement.
Pour obtenir un éventuel changement, amener à réfléchir, il est bon de  comparer, d’échanger, de débattre certes ; mais je pense qu’il faut également toucher le cœur. C’est le seul moyen pour voir s’ouvrir en l’Homme une autre sorte de curiosité, qui elle est toute intérieure.

(Devant un restaurant de luxe – Nicaragua 2012)

(Grève de faim pour un dialogue de paix avec le gouvernement – Colombie 2012)

(Mondialisation… – Papouasie Nouvelle Guinée 2009)

(Femme Mozabite – Algérie 2009)

La photographie m’a permis d’apprendre énormément durant ces dernières années. De mettre en place des projets que je pensais impossible il y a à peine 3 ans. Elle me permet de me poser, de m’évader, de regarder le monde comme un tableau dans lequel je ne veux plus être. De voir avec d’autres yeux, prêter une attention soutenue non seulement aux histoires et personnages mais aussi aux lieux. A la lumière dans laquelle ils évoluent et aux choses qui les entourent. Mais comme me l’avait expliqué en quelques mots mon ami, la photo est un pacte avec la lumière (bien plus que la couleur). Or nos rapports avec la lumière varient chaque jour. Il y a des périodes où l’on est comme une vitre sale qui ne laisse rien passer, pas d’inspiration… D’autres où elle se pose naturellement et sans faire d’histoire sur ce que l’on photographie. Et pour savoir traduire ce qu’il ressent, le photographe doit trouver la lumière qui habillera ses émotions.

(Pour les mayas, les oiseaux étaient les serviteurs du soleil – Honduras 2012)

(Pluie dans le Sud Lipez – Bolivie 2011)

(Labeur de fourmis – Costa Rica 2012)

(Elise euphorique dans le Salar d’Uyuni – Bolivie 2011)

Au passage, je ne me considère pas comme “photographe”, juste comme quelqu’un qui aime la photo. Pleins de personnes dansent sans être danseurs non? Idem pour la photo! Je n’ai jamais cherché à vendre de photos, ça s’est fait plus ou moins tout seul, un peu comme les sponsors en snowboard à l’époque. Mais je sais déjà que je ne souhaite pas reproduire la même erreur qu’en snowbard : à savoir “monétiser ma passion”. Ce qui m’intéresse dans la photo c’est cette liberté d’imaginer, d’interpréter. Certains appellent ça de l’art. Et quand une œuvre est créée pour remplir des poches, et uniquement pour les poches, elle n’est plus une œuvre mais un produit de consommation. Il y a une grande différence entre faire de l’argent et laisser l’argent vous faire. De mon côté comme j’aime à dire “moins j’en ai, plus je suis content!”.

Mais depuis quelques semaines et suite à une succession d’évènements, il s’est passé un truc que je ne pensais plus ressentir. L’autosuffisance du voyage. J’avais senti cette sensation en Papouasie en vivant auprès d’une tribu où je ne ressentais aucune envie, aucun besoin si ce n’était de vivre au moment présent. Sentiment difficile à expliquer mais on parvient même à en oublier qui on est. On se lève et on vit. Rien de plus, rien de moins. On se contente du présent. On cesse d’être Clément qui était là bas dans le passé, qui aimerait faire ça dans le futur, mais je suis là au présent et ne recherche rien d’autre.

Je pensais avoir compris la phrase désormais fameuse de Nicolas Bouvier (tirée de son livre l’Usage du Monde)…

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »

… mais en réalité il n’en était rien je crois. Suite à un passage en frontière sortant de l’ordinaire (les détails seraient sans doute trop long) j’ai retrouvé cette sensation. Et depuis elle m’accompagne dans mon voyage. Aujourd’hui ce serait comme si ce voyage était une ballade en vélo. Ce qui me faisait avancer, pédaler c’était la photographie, collecter des témoignages, la protection des peuples indigènes etc… Mais là c’est comme si j’étais en roue libre, en pleine descente les freins lâchés, je zigzague sur la route et n’est besoin de rien d’autres que de me laisser avancer…

Le voyage m’offre une chose que je ne pensais pas/plus possible loin de ces peuples autochtones.
Alors bien sur au retour il faudra certainement que je me tourne à nouveau vers ces projets naissants qui me trottent en tête. J’aurais besoin de quelque chose pour me faire avancer… Mais là je profite et n’est besoin de rien d’autre que du voyage en lui même…

Et je dois avouer que l’absence en matière de projet donne à ce voyage un délicieux goût de liberté. C’est tout se dont j’ai besoin, ressentir cette liberté et vibrer en son cœur. Aujourd’hui je me laisse envahir par cette évidence nouvelle, un sentiment vraiment difficile à expliquer, ce serait comme imaginer une couleur qui n’existe pas. Le voyage se transforme et je laisse ses rencontres infuser en moi. Je prends du plaisir à ressentir la distance, les changements de pays, de paysages, de météo, d’accents… En roue libre, je continue les yeux grands ouverts.

(Durant l’Alasitas – Bolivie 2011)

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Une Réponse to “Images en tête”

  1. john 11 mai 2012 à 0 h 06 min #

    superbe. rien à ajouter.

    ta tout compris à la photo de voyage. continue.

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