Coeur en marche

22 Jan

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(Janvier 2013)
Quatre mois que je suis “stable” et travaille bénévolement au sein d’une école de voile en Corse afin d’en apprendre plus sur la mer.
Ici j’apprends à mieux naviguer en échange de l’entretien et de la réparation des bateaux. Je pense reprendre mon sac d’ici quelques jours. Cette formation m’a permise d’acquérir des bases saines en navigation. Pas pour autant que je vais foncer retaper un voilier en Amérique centrale, mais cela m’ouvre une nouvelle porte.
Si un jour je tombe sur une occasion (comme il m’est déjà arrivé d’en croiser dans le passé)… Pourquoi pas!

Mais une nouvelle fois, j’ai saisi que l’argent servait de gouvernail à la barque de ce monde.
 Je pensais que ces voiliers pourraient être une île de liberté. Un royaume flottant entre la mer et la lune. Mais la manière dont certains abordent la mer et le monde de la voile ressemble plus à une ancre qu’on s’attache au pied qu’à une bouée pour s’échapper de ce système.
A moi donc de mettre en place cette citadelle en tentant d’être fidèle à mes convictions.

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Durant ces derniers mois, cela m’a fait bizarre de me reconnecter ainsi à une vie stable, de côtoyer les espérances et les craintes de quelques personnes avec lesquelles je n’étais pas forcément toujours d’accord. Pendant les fêtes, la télévision, que je n’avais pas côtoyé depuis un moment, lieu virtuel où l’on « peoplelise » les informations et où la désinformation par le fait divers est reine.
Triste paradoxe également quand en période de fêtes les pubs contre les maux de ventre et les indigestions fleurissent (un peu bête de se casser ainsi le ventre quand tant de personnes ne se nourrissent pas à leur faim).

Une chose m’a interpellé : les Hommes et leurs croyances. On transforme des fêtes religieuse en fêtes commerciales (c’est pas nouveau), on prend de « bonnes résolutions” comme si on pouvait formater notre vie du jour au lendemain ; en oubliant le passé et en se donnant l’illusion d’entamer une nouvelle ère.

Sylvain Tesson remarque au sujet de Noël : « Avoir fait de l’anniversaire de la naissance de l’homme qui nous a enjoint de nous débarrasser de nos biens et partir sur les routes à la recherche de l’amour, une fête où l’on s’ensevelit les uns les autres sous un tombereau familial c’est l’un des plus habiles détournements de message de l’histoire de l’occident. »

Assez drôle de voir les gens débattre pour ces histoires de religion (rien de nouveau non plus). On a l’impression que la tension actuelle, la crise qui règne aujourd’hui amène les gens à chercher un refuge spirituel (ou alors ils l’assument plus qu’avant).
 Cela m’a donc amené à diverses pistes de réflexion sur l’Homme et son cœur, la religion et le voyage.

Avez vous déjà remarqué? La majorité des religions (enfin plutôt leurs fidèles) ont souhaité vénérer leur Dieu à travers des temples, des pyramides, et autres orgueils propre à l’Homme (construire la plus grande, avec le plus d’or etc. Toujours le même complexe d’infériorité “à qui aura la plus grosse”). 
Mais en y réfléchissant, on constate vite que ces édifices ne sont que de pures monstruosités (souvent construites par le biais de l’esclavage).
Un Dieu pourrait il est être heureux d’une telle offrande?
L’Homme et son interprétation une nouvelle fois… Si Dieu existe, il doit s’inquiéter quant à l’attitude qu’ont certains de ses fidèles… Des orgueilleux névrosés qui s’agrippent sur l’autel de quelques versets bien mal interprétés.

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 Guerres de religions – Sarajevo (Bosnie Herzégovine)

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Eglise orthodoxe – Serbie

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Mausolée de Ghardaïa – Algérie

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Eglise kitch – Mexique

Ce qu’on remarque en s’intéressant à toutes ces religions, c’est que pour chacune d’elle, le voyage à un intime lien avec la spiritualité. La Mecque pour les musulmans, les différents pèlerinages pour les chrétiens, idem pour les hindouistes qui cheminent spirituellement en effectuant parfois des efforts de voyage physique. D’ailleurs, le “hadj” (le sage) en arabe est le voyage sacré pour les musulmans jusqu’à la Mecque. La sagesse viendrait en voyageant? Savez vous également que “être humain” en tibétain se dit « a-Gro ba » (celui qui part – celui qui s’en va en migration). Il semblerait donc que tous ces pèlerinages soient en eux même une migration rituelle ayant pour but de séparer les hommes de leurs demeures pleines de « péchés » et de ré-instituer temporairement l’égalité de tous les hommes devant Dieu par le biais du voyage.

A croire que dans ce monde qui prône la stabilité (géographique, financière etc), il fait bon vagabonder en son cœur pour frôler un jour le paradis.
Le paradis? La conception que beaucoup en ont (un autre Monde, sous un autre ciel) ne vous semble t-elle pas triste? Accepter cette idée serait considérer notre vie actuelle comme la salle d’attente d’un tribunal.
 Je crois plutôt que le paradis est dans cette vie.
 Si on suit la même logique (qui n’engage que moi) cela ne serait donc pas sous un autre ciel, sous une autre planète mais en nous qu’il serait possible de le rencontrer.
Par exemple ces crétins qui se font la guerre en Israël/Palestine (Aïe! Sujet délicat!), leur Dieu – Allah, Yahvé ou Dieu peu importe – qui est amour, accepterait il tant de morts pour cela?
 Si on prend le temps de lire le Coran ou la Thora, on y voit peut être que (et ça n’engage que moi) Israël était une idée, pas un pays. Le “royaume” se trouvait partout où était la thora. 
Et je pense qu’il en est de même pour le paradis. Ce n’est qu’un royaume “portatif” qui ne peut avoir d’existence que dans le cœur des hommes
. Le paradis serait donc en nous et ce bonheur suprême semble intimement lié au voyage (intérieur)
.
Pas de vie éternelle donc!? Rien de triste à cela au contraire!
 Cela donne d’avantage d’importance à l’instant, à une existence éphémère, et permet de savourer une vie brulante et passionnée.

On peut l’appeler Dieu, Allah, Yahvé, Pachamama. Pour moi IL se reflète dans la nature. Elle est la seule religion que je comprenne.
Tout ce qui nous entourent est d’une beauté sauvage et d’une simplicité poétique : les rayons de soleil, les fleurs, la lune…
 L’espèce humaine (un poil machiste) considère Dame Nature comme ces beaufs enfermés dans la prison de leurs habitudes qui traitent leur femme avec autant de respect que pour un morceau de viande. Avec vulgarité, arrogance et brutalité.
Certains d’entre eux rêvent d’une belle maison, d’une voiture, d’un canapé en cuir. A croire qu’ils veulent vivre assis en regardant le monde s’enflammer en famille (ils adorent les catastrophes, voir un bus qui explose, un train qui déraille quand ils ne sont pas dedans leur donne la brève sensation d’être vivant malgré leur routine).

Il serait bon d’apprendre à se détourner de ces écrans et à ouvrir nos fenêtres. Non pas pour en sauter (restons optimiste!) mais pour fuir de ces lieux macabres où règne un matérialisme sans âme. Ce pèlerinage que nous offre le voyage est une excuse qui permet d’éviter de passer son existence le cul vautré sur un fauteuil (aussi confortable soit il). Certains voient leur canapé en cuir comme un luxe. Pour moi c’est synonyme d’une prison morbide. Notre âme se ramollit en fonction de la souplesse de nos coussins. L’Homme se sculpte à son milieu, il est le reflet du lieu où il vit. On comprend mieux le malaise des villes…

« Les hommes sont comme les pommes. Quand on les entasse, ils pourrissent. » – Mirabeau

Toujours l’envie de s’assoir? Asseyons-nous donc sur un rocher au sommet d’une montagne et prenons le temps de regarder autour de nous. On s’aperçoit que la terre tourne, l’air est agité par les vents, les eaux fluent et refluent ; il y a des jours plus longs que les autres, la lune change de forme, sur les cinq éléments aucun ne prédomine et chaque saison est un cycle.
En bord de mer on entend le ressac respirer ;
Le flash de la foudre illumine la terre ;
La surface de l’eau peut se rider ;
Le vent fait chanter les arbres ;
Il arrive même que la terre tremble…

Le Monde vit et on perçoit ses battements.

Dans l’univers tout bouge. Pourquoi donc rester immobile?
 Avez vous déjà remarqué quelle est la façon la plus efficace pour calmer un bébé qui pleure? En se déplaçant! En marchant avec lui dans nos bras. C’est comme si nos bambins avaient conscience des leurs naissances que l’Homme ne peut supporter l’immobilité et qu’ils imploraient le ciel d’être en mouvement.

La nature voudrait peut être nous montrer à travers tous ces signes que nous devrions toujours être en mouvement (non physiquement mais intérieurement). On parle fréquemment de la nature comme d’un ”environnement” fait pour l’Homme (toujours la même vision machiste). La nature n’est pas un cocon, un ‘“habitat” dévoué à l’humain.
Elle n’est pas ce que la niniche procure au toutou, mais elle est une entité, un être qui respire, qui vit, et qui finira par mourir si nous n’en prenons pas soin.
Tout comme dans un couple il nous faut l’aimer non pas pour ses fruits, ce qu’elle nous donne (aaah le pétrole!) mais pour elle même, sa force, son caractère, sa beauté. Pour ce qu’elle est dans sa simplicité.

Au lieu de se battre sur les écritures anciennes, sur le partage des terres, je pense que certains de ces religieux feraient bien de s’incliner devant elle. Accepter de descendre de leurs trônes dorés, réapprendre ce qu’est humilité face à cet être poétique.
 Il y a plus à apprendre d’une fleur et dans la simplicité de celle-ci que dans la complexité de bien des livres. Et si l’envie leur prend de relever la tête pour se tourner vers le ciel, qu’ils se laissent envahir par l’émotion simple d’un nuage en mouvement ; qu’ils ouvrent leurs cœurs à travers leur sens et éprouvent la joie durant leur marche d’éviter un insecte (qui est un monde à lui tout seul). Ce n’est que pure courtoisie de respecter ainsi cette nature qui se dévoile à nous.

Angelus Silesius écrivait au XII siècle :
« La rose est sans pourquoi, fleurit parce qu’elle fleurit.
Sans souci d’elle même, ni désir d’être vue. »

C’est ce que j’aime en voyage. Réapprendre à découvrir mes sens. J’aime promener mes doigts sur les pierres, caresser les arbres. Ils ont tant entendu durant ces siècles qu’on sent frémir leurs mémoires.
 Car oui je pense que les lieux ont une mémoire, chaque endroit véhicule une atmosphère, et quand celle-ci ressemble à notre âme… c’est le coup de foudre.

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Après ces 4 années de voyage ma peau se vêtit aujourd’hui d’un nouveau désir pour la route. C’est un nouveau départ qui s’offre à moi car je n’ai plus d’espérance, plus de projets pour le futur (et suis donc disponible à saisir chaque opportunité au jour le jour).
Ce vide en matière de projet offre à mes journées un délicieux goût de liberté. Le vrai voyage commence lorsqu’on cesse de compter les jours, en arrêtant de s’enfermer dans l’avenir et ses prédictions afin de se rassurer.
L’avenir c’est maintenant.
Ce vide est généralement un mal qui est bien de notre temps, qu’on cherche à dissimuler par une agitation frénétique, qu’on aveugle par des drogues, une consommation à outrance érigée en dogme. Au contraire il me donne envie de réapprendre à habiter mon être, de prendre la vie comme elle vient et le temps comme il fuit. De continuer d’habiller ma vie autour de l’idée de posséder le moins possible. Voyager “les poches vides et le cœur plein” en me confiant au hasard afin d’un jour parvenir à fuir ce système à pas de tortues. Savourer le monde à la mode de mes rencontres ; celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas. Il se déplace.

Je ne conçois pas que la vie puisse se résumer à déployer des efforts pour trouver un coin chaud où finir ses jours (en attendant un éventuel paradis), je reste persuadé qu’elle passe par le voyage et son apprentissage.
Je ne souhaite pas tomber dans le piège d’être le genre d’être humain qui pense d’une façon et agit d’une autre. Qui suivent une route qui ne correspond en rien à leur intime orientation. Ils sont traversés par des chemins intérieurs contraires à leur trajet en surface. C’est comme pour toutes ces religions, croire en quelque chose et ne pas la vivre, c’est se mentir à soi même, être infidèle à son cœur.

« L’homme descend du songe » – Antoine Blondin

De retour sur la route, de retour dans mes prières, je souhaite apprendre à vivre comme je respire sans me soucier si demain il fera jour. On dit qu’il faut se changer soi même avant de vouloir changer le monde. Imitons donc la terre qui prend le temps de faire une rotation sur elle même avant d’accomplir en elle une révolution.

J’espère n’avoir offensé personne à travers ces quelques lignes, toutes les religions sont respectables, c’est la façon dont l’Homme les pratique qui l’est moins.

« Il vaut mieux mettre son cœur dans la prière sans trouver de paroles ou de nom à celle-ci que trouver des mots sans y mettre son cœur.  » – Gandhi

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6 Réponses to “Coeur en marche”

  1. Jacqueline 23 janvier 2013 à 7 h 28 min #

    . Me encanto tu escrito, gracias por tus bellas palabras ¨Todo lo que nos rodea es una belleza salvaje y una sencillez poética: el sol, las flores, la luna¨ me a conmovido tanto
    creo en Dios, creo en el por que confirmo su existencia y amor por nosotros todos los días al sentir el sol, al escuchar la lluvia al tener un día mas la oportunidad de estar viva.
    En este mundo tan loco, con guerras y dolor en todos lados, me aferro a Dios porque yo soy feliz, porque estoy sana y porque la idea de viajar y vivir todos los días en profunda conexión con Pachama no me es ajena, se que si el día de mañana decido ir al bosque o al mar puedo hacerlo y ser feliz. Somos personas bendecidas al saber que hay mas, mucho mas que esta ilusión pasajera que se vive en las ciudades, nosotros conocemos la cura para esta enfermedad llamada civilización, el contemplar el horizonte, el ver un amanecer o el dormir a la luz de la luna llena sin pensar en el mañana. Esa es la cura, no pensar en un mañana. Te deseo todas las bendiciones del mundo en tus nuevos viajes, que la belleza de la naturaleza capture tu alma y el tiempo se vuelva eterno para poder contemplarla.

    Con mucho amor desde Mexico
    Marlene Jacqueline ❤

  2. Sylvoz angelo 23 janvier 2013 à 21 h 31 min #

    Un grand merci, tes écrits et questionnements apaises mes pensés. Tu lie en ce monde ses tristes réalités mais en fait ressortir son immense beauté naturel et humaine.
    Cela peut te paraître absurde mais je suis actuellement figé par des obligations futiles. Je suis étudiant et je ne comprend pas l’intérêt d’apprendre pour passé un examen. Un peu naïf je pensais apprendre pour m’enrichir et me gorger de connaissances, (apparemment les rectorats ne sont pas du même avis.) Je te remercie donc d’être toi, tu fais parti d’un ensemble de questions, de réponses, d’observations qui me guides et me motive à hisser les voiles vers un pèlerinage, une découverte ou un voyage peut importe le nom attribué puisqu’en septembre je démarre un périple d’une duré indéterminée. Vers la quête d’une liberté tant physique que spirituel et social.
    L’évolution de nôtre monde est époustouflante, l’humain n’a jamais été si confortablement installé et en si grand nombres, (pour le nord en tout cas) mais nous demeureront que de simples animaux en besoins de dominations. Ses erreurs, ses illusions, la natures les payes au prix fort (je n’ai pas encore débuté mon voyage mais en suis convaincu.)
    En espérant que cette vérité qui se mélange à toutes les autres soit bénéfique pour nos âmes et celles de ceux qui la partage.
    PS. Les religions on pour premier rôles de faire constater au peuples le sens du respect d’un monde qui nous dépassent, nous accueil et nous permet de vivre sur terre. Ce monde au dessus de nous pourrait être l’image de Dieu.(Pourquoi serait-il représentatif de l’humain?) (idée personnelle).

    Merci encore, bien amicalement.
    Angelo Sylvoz simple existence.

  3. Ju 23 février 2013 à 19 h 59 min #

    Hay Pan ????
    ;-))

  4. de Tellier Simon 18 mars 2013 à 18 h 49 min #

    Bonjour,

    Je découvre ton blog aujourd’hui même. Passionnant. Merci

    Je suis étudiant de 21 et je prépare un projet, avec deux amis, de voyage à vie. Voyage perpétuel, sinon au sens propre mais au moins au moins au sens spirituel du terme.
    Et c’est la première fois que je trouve un article qui colle exactement à notre mode de pensée.

    D’ou mon intervention. Je trouve que ton blog manque d’une présentation générale. Qui es tu ? d’ou viens tu ? quel age as tu ? Que fais tu dans la vie, es tu accompagné, et surtout comment finances tu ta vie sur la route ?

    Autant de questions purement matérielles qu’ils nous faut résoudre avant de prendre définitivement la route. Et tu jouis précisément de l’expérience et du recul qui nous est nécessaire.

    Aussi, je te serai très reconnaissant si tu pouvais me transmette des coordonnées pour que nous puissions dialoguer en direct.

    Bonne continuation a toi,

    Chaleureusement,

    Simon

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  1. Coeur en marche « bribell38 - 30 janvier 2013

    […] Coeur en marche. Je suis très honorée de te connaître. Ma porte t’est ouverte pour l’éternité. Merci de mettre des mots sur mes pensées. […]

  2. (Re)prendre la route… | Blog - 5 novembre 2013

    […] crois d’ailleurs avoir saisi qu’il faudrait aborder la Vie un peu comme j’aborde les religions. Ne pas chercher à "convertir", à crier que le train va dans le mur. Mais simplement […]

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