Féerie

12 Avr

Lidie

Lidie – Burkina Faso 2013

(Avril 2013)
Bonjour à tous !
Désolé pour ce long délai sans nouvelles. Après un voyage de 6/7 semaines en Afrique de l’Ouest (qui à la base devait durer quelques mois de plus) et suite à un p’tit problème de santé je suis rentré en France plus rapidement que prévu.
Désormais soigné, todo bien !


Il y aurait mille et une choses à dire sur cette région du globe. Je m’étais déjà rendu en Afrique plusieurs fois durant ces dix dernières années mais n’avais peut-être pas la maturité (?) ou le regard que je porte aujourd’hui.
Ce retour “forcé” m’a fait réfléchir sur plusieurs choses. La première, qu’il est bien triste de voir qu’une même maladie (le neuropalu en l’occurrence) n’a pas les mêmes conséquences en fonction du pays d’où l’on vient. Pour donner une idée, le médicament que l’on m’a donné là-bas valait 4000CFA (6€). Une somme dérisoire pour nous autres. En Afrique, il n’est pas rare que quand quelqu’un souffre d’un palu solide comme ils disent, on opte pour ce médicament (car généralement ils soignent cela avec des plantes et un gros jogging). Mais bien souvent lorsque ces familles décident de l’acheter, il leur faut se cotiser, chercher les cousins, les oncles, les amis de la famille (le salaire moyen au Bénin est de 28.000CFA (43€), imaginez ceux étant sans emploi…). Cela traine souvent, ça prend du temps et les malades finissent par “partir”.
Toutes les personnes ayant eu un jour la chance de vibrer en Afrique ont forcément perdu un ami, une connaissance à cause d’un palu qui s’est aggravé. 6€ le prix d’une vie ?

Alors on pourrait parler ainsi des heures et des heures des fléaux qui frappent l’Afrique, de la famine, la pauvreté flagrante dans les banlieues, l’abus du prosélytisme religieux, les villages qui disparaissent et des cultures millénaires qui s’effacent au profit de la mondialisation.
 Mais je préfère évoquer l’autre facette, l’entraide lorsqu’elle existe encore et d’autant plus le côté féerique de l’Afrique de l’Ouest dont notre société aurait beaucoup à apprendre.
La féerie ? En Afrique ? Oui, celle des enfants, des artistes.

Comme je le disais dans le texte “pourquoi voyager” :
Avez-vous déjà remarqué ?
Si vous proposez une feuille blanche à un enfant en lui demandant de dessiner, il vous confiera ses rêves les plus fous.
Répétez l‘expérience avec un adulte et il vous répondra qu’il ne sait pas dessiner. (Peur du jugement ?)

C’est ce que j’aime chez les enfants, ils savent vivre le monde au présent. Ils ne vont nulle part, ne viennent de nulle part, mais sont là : présents. Ils analysent, se questionnent, interpellent.
Ils jouent dans une flaque d’eau quand les adultes se plaignent de la pluie ; 
ils savent faire l’avion dans une église et crier de joie face au silence. Capables de vagabonder dans leurs pensées sans un mouvement.
Cette sublime insouciance des gamins dans la foule, quand le monde « panurge », eux se figent, regardent en l’air ou comptent les fourmis.
Pourquoi ?
Peut- être ne voient-ils pas le monde de la même façon que les adultes.

Reveuse

Bonheur simple

Studieuse

Burkina Faso – 2013

Alors on rappelle vite ces jeunes rêveurs à l’ordre. On les prend de haut en leur disant que c’est mal d’être étourdi, et en réponse les enfants tentent d’expliquer ce qu’ils ont vu (une fourmi, un oiseau, un lutin, etc). Éloge de l’infiniment petit. Ils entretiennent ce que beaucoup parmi nous oublions : le respect de la petitesse des êtres.
C’est eux qui vous rappelleront de ne pas écraser les insectes quand on marche (Ca vous arrivait à vous aussi ? Petit je croyais qu’il y avait des ogres au dessus de nos têtes). Il est ordinaire aux enfants de prendre dans leurs jeux les choses inanimées et de leur parler comme à des êtres vivants (pourquoi donc ne pas faire la même chose adulte avec la nature ?).
Pour les remettre dans “le chemin” on leur pose vite les questions classiques « Et toi ? Qu’est ce que tu veux faire dans la vie mon petit ? » Une question qui permet de ranger nos bambins dans des cases afin qu’ils suivent le plus rapidement possible une route tracée sans rechigner.
Ce serait tellement dangereux d’être perdu…
Que faire dans la vie ? Vivre. Ce serait déjà pas mal !

Une grande personne ne s’intéresse jamais à l’essentiel, vous le remarquez vite, dès que l’on rencontre quelqu’un on a le droit au “que fais tu dans la vie ?” Mais jamais on prend le temps d’écouter le son de la voix de notre interlocuteur (qui traduit parfois son humeur), la lueur de ses yeux (qui traduisent bien souvent son vécu) mais on s’ennuie avec des questions plates et monotones l’âge, les opinions politiques, et blablabla.

C’est ce qu’il y a de plus étonnant dans notre société actuelle. La tendance fait que l’on cherche de plus en plus à se montrer, à se créer une image par des biais divers, une grosse voiture, des accessoires de mode flashy – “hé ho ! Regardez moi ! Je n’existe qu’à travers vos regards !” – mais cela sans jamais se dévoiler. On choisit un masque que l’on entretient au jour le jour et sans lequel on se sent déraciné, nu, perdu. Comme si l’apparence pouvait suffire à nous rendre beau.
Ils montrent bien volonté leurs diverses facettes. Ils s’exposent volontairement via les réseaux sociaux et autres sites, défilent dans la rue, parlent fort au téléphone pour que chacun connaisse leur problème du moment “malheur je souffre, le train est en retard!”. Mais quand on leur demande ce qu’ils aiment dans la vie, la dernière fois qu’ils ont pleuré, rit, vécu un moment inoubliable. Rien.
Silence…
Le silence serait-il l’écho du progrès ?

Le plus grand atout de ces enfants, c’est cette exquise vertu qu’ils ont, une curiosité franche et innocente. C’est certainement l’un des principaux maux de notre planète, le manque de curiosité. En s’intéressant à l’autre, à son histoire, on apprend à le respecter pour ce qu’il est (et non ce qu’il montre). Les enfants vivent sans masques et découvre ainsi le monde avec humilité et respect.

“Soyez heureux sans raison, comme un enfant. Si vous êtes heureux pour une raison en particulier, votre bonheur est menacé car cette raison peut vous être enlevée.” – Deepak Chapra

« Grand est celui qui n’a pas perdu son cœur d’enfant » – Meng-Tsen

Alors on vous répondra qu’il faut grandir. Que la vie transformera vite ces anges et brûlera leurs ailes. Qu’ils n’ont pour l’instant à gérer aucun problème…  Malheureusement ceux qui jugent le monde d’en bas sont souvent ceux qui le regardent d’en haut. Je leur conseillerais de redescendre sur terre et de se mettre à la portée de ces enfants, de les écouter, de prendre conscience de leurs savoirs.
Notre ego fait qu’on pense souvent avoir le monopole de la souffrance, que notre histoire est plus triste.
 Pensant avoir grandi à l’ombre on se considère (toujours à cause de notre ego) comme le nombril du monde. Mais dans le vacarme de nos plaintes il y a tant d’êtres qu’on entend plus crier.

Jeunes talibés

Jeunes talibés, esclaves des temps modernes – Burkina Faso 2013

Nabyoure

Lidie
Lidie – Burkina Faso 2013

Dieudonne

Dieudonne – Benin 2013

En Afrique j’ai rencontré plus d’un elfe élevé parmi les ogres. Et plusieurs fois mes plus grands “professeurs” étaient des gamins de moins de 10 ans. Ces mêmes enfants souvent victimes d’une enfance sans modèle, enfance parfois difficile, des petites silhouettes à moitié perdues dans des vêtements amples qui me confiaient l’entraide qu’il existe auprès de leurs amis ; et qui malgré un chagrin tatoué dans le cœur semblaient être heureux.
Comment font-ils ?
Ils vivent au présent et persistent à rêver malgré les embuches. Mieux encore, ils n’ont pas peur de l’inconnu, n’ont pas de préjugé, ils partagent leurs rêves et continuent de croire en la vie et en sa magie. Ils apprennent à ne pas oublier cette part de féerie nécessaire à la vie et l’entretiennent. Ils s’exercent à « voir les moutons à travers les caisses” comme le disait Saint-Exupéry.
La vie est un jeu. Quand on est enfant on le sait, mais c’est une fois adulte qu’on commence à se mentir et à tricher, on saute des cases, on cache des cartes et on perd tout le charme du jeu, tout le charme de la vie : le partage, le rire, la découverte.

Leurs yeux sont des fenêtres sur le monde où il fait bon se ressourcer. Ils nous réapprennent à voir, à ressentir, à partager. Ils dégagent avec une insolence naïve une bienheureuse tranquillité du cœur et de l’âme qui montre au tumulte du monde l’indifférence à tout ce qu’il peut advenir. Ces bonheurs simples que l’on redécouvre grâce à eux, sont des couettes sous lesquelles il fait bon se glisser quand notre âme a trop froid.
Ils nous enseignent avec sagesse qu’un grand cœur n’a besoin que de peu pour être rempli, que petite graine deviendra baobab.

« Il y a deux façons de concevoir sa vie. L’une est de penser que les miracles n’existent pas et l’autre de penser que chaque chose est un miracle » – A. Einstein

« Le Bonheur est un don que l’on fait aux autres car on leur montre ainsi que c’est possible » – Le 14 ème Dalaï Lama

Merci donc à ces anges que j’ai eu la chance de croiser en chemin : Aminata, Lidie, Fatou, Cadi, Nabyoure, Dieudonne, Bertrand,  et les autres… Du haut de leur 5-10 ans ils ont su me donner plus d’une leçon.
Ce que je veux faire dans la vie ?
Vivre comme un enfant ! Jusqu’à ce que mort s’en suive. 😉

Felipe

Felipe « danse la vie » à La Paz (Bolivie) 2012

P.s : Pour ceux qui souhaiteraient voir quelques documentaires qui invitent à la rêverie tout en faisant l’état des lieux, je vous conseille de voir les deux films de Ron Fricke : Baraka (1992) et Samsara (2012).
Pas de commentaires, 1h30 en face à face avec le monde.

Publicités

4 Réponses to “Féerie”

Trackbacks/Pingbacks

  1. 4 ans de voyage (suite et fin) Etat des lieux – partie 3/3 | Blog - 19 mai 2013

    […] une fois seul face à la Nature. On réapprend à profiter de l’instant, vivre comme un gamin curieux et s’amuser du monde. On éprouve un incroyable sentiment de sécurité une fois […]

  2. Vidas de Quetzal | Vidas de Quetzal - 13 octobre 2013

    […] Si vous souhaitez lire un article en lien avec cette rencontre : Féérie […]

  3. (Re)prendre la route… | Blog - 5 novembre 2013

    […] je pense, parce qu’elle est la seule qui nous permettra de rester un débutant toute notre vie (cet enfant curieux que j’évoque […]

  4. Canaries, à coeur perdu | Blog - 29 décembre 2013

    […] qu’on croise dans les rues, toujours là pour nous enseigner la vie (voir article à ce sujet féérie africaine). Le T-shirt plein de taches, des étincelles dans les yeux, et les poumons remplis de […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :