4 ans de voyage (la suite…) Etat des lieux – Partie 2/3

13 Mai

Las VegasLas Vegas – USA 2010

(La suite…) Malheureusement notre société fondée sur l’image, l’apparence, le choc et l’exclusif tend à faire perdurer ce sentiment de voyeurisme-prédateur.  Il nous faut du SENSATIONNEL! Depuis quelques années on observe que ce triste business frappe aussi le voyage. De plus en plus de personnes “partent à l’aventure” et à force de téter les mamelles du système on en devient dépendant, y compris sur la route. Le monde du tourisme et du voyage s’uniformise, nos désirs de confort ravagent l’environnement tandis que la modernité amène avec elle son lot de produits à consommer. 
Chacun devient alors un média et se met en scène progressivement avec les outils socio-numériques. Cela pourrait être un vrai plus, partage de l’information, de rencontres, création de documentaires, partage des connaissances mais peu suivent ce chemin. On se filme, on se photographie, on se met en scène. On relate nos exploits au jour le jour et on fait notre petit cinéma quotidien comme si l’on considérait notre vie comme une œuvre. (Encore un problème d’égo)

.

Ils prennent la route, organisent leur vie autour du voyage (ce n’est donc plus un vrai voyage s’il est organisé?) devenant touristes professionnels tanguant sous le poids de leurs sacs surchargés d’orgueil. 
Des camés de voyage cherchant à se rémunérer par son biais, en perpétuel besoin de lieux à consommer. 
A des fins rentables, ils se déplacent à la vitesse d’un uppercut. Ils frappent la route de leurs envies, cochent leurs cases sur le ring du monde et en “font le tour” (Quelle triste expression… Le peut-on? Vraiment?). Armés de leurs choses « à faire/à voir”, ils suivent leur liste comme une prescription, se shootent tête baissé le nez sur la feuille, la garde haute sans laisser place à l’imprévue.

ChiliVallée de la lune – Chili 2012

AppalachesAppalaches – USA 2010

PumbaPhacochère – Bénin 2013

C’est ce genre de personnes qui roulent si vite à travers une vallée de rêve, qui prennent plaisir à bronzer là où le peuple brulent. 
C’est l’attraction des petits bourgeois pour “le monde d’en bas”, qui idéalisent la pauvreté en oubliant que c’est une réalité. Qu’à quelques pas de leur piscine chlorée l’eau n’est pas forcément potable (triste exemple des bushmen du Botswana).

 Ils consomment leurs voyages en consumant leurs journées. Ils écrivent la rue depuis leurs transats et cherchent à vendre leurs exploits à des fins rentables “mon tour du monde”, “les incontournables”, “paradis perdus”, « 20 pays en un an!”, “9000km en 6 mois” etc… Ils comptent leurs jours, leurs distances, les pays, les capitales… Les chiffres enterrent une nouvelle fois les rencontres. On masque les visages et les noms en se construisant un CV de voyageur.

C’est les touristes professionnels décrit par Beigbeder, le voyage-consommation de Franck Michel (éloge du voyage désorganisé), ou encore ce que Jean pierre Alix (dans l’espace humain) appelle “le syndrome du dernier voyageur” (qui veut tout voir avant les autres).

 Ce nouveau journalisme fast-food fait de ces routards les nouvelles putes à clics du web. Ils n’imaginent leurs voyages qu’autour de sa forme et en oublient le fond. Ils n’existent qu’à travers nos regards (virtuels et/ou commerciaux). Le voyage devient illusion et l’on monétise son rapport… Ils voyagent sans se déconnecter du monde et donc sans se dévoiler, sans apprendre à se connaitre seul, sans être apte à la rencontre car en perpétuelle mise en scène. Comment savourer une rencontre qui ne serait pas prescrite dans le scénario? Je pense que ce qu’on appelle le « voyageur » ne doit pas être un consommateur de loisirs et de petits plaisirs (ça ce sont des vacances! Il n’y a aucun mal à ça, ce n’est juste pas la même chose. Il existe des touristes respectueux et de mauvais voyageurs).

KraviceKravice – Bosnie-Herzégovine 2011

CanadaArroseur arrosé – Canada 2010

Sud LipezSud Lipez – Bolivie 2011

Afin d’éviter l’inattendu et de se préserver (toujours dans le soucis de ne pas se dévoiler), ils se camouflent derrière leurs caméras (erreur que j’ai également commise dans le passé). Pas près à affronter le monde et ses réalités. Ils ont des disques durs remplis de photos et vidéos mais leurs âmes sont vides de souvenirs et de rencontres. Aucune nouvelle flamme dans les yeux. J’ai compris avec le temps que les meilleurs photographes sont ceux qui apprennent à renoncer à leurs images. Ce serait parfois violer un moment unique, comme modifier le monde que de prendre un cliché. Qu’il ne faut pas prendre une photo pour tenter de figer l’instant, car ce serait reconnaitre qu’on a pas le temps devant soi. Je pense qu’une photographie, une peinture, une musique tout comme un voyage, se doit d’être l’aveu d’un sentiment, le miroir d’une réflexion qui ne peut exister que dans la complicité et l’échange (contrairement à un produit).

Le souvenir étant devenu depuis quelques années un bien de consommation, ils oublient tout cela pour tenter d’exister aux yeux des autres. Ils produisent pour vendre et non pour partager. Et quand la fatigue du faux semblant les amènent à baisser le bouclier, c’est pour se laisser aller, tituber dans l’apparence, dans l’alcool et sniffer leur tristesse ; conscients que sans se dévoiler, ils auront beau se cacher à l’autre bout du monde, leurs problèmes les rattraperont. Ils éprouvent leur puissance dans l’illusion et ont la sensation d’ accomplir leurs exploits (toujours en comptant les pays, les kilomètres, les heures…) pour se venger de souffrances intérieures et de leur routine quotidienne.

Il me semble que pour sortir de cette illusion, un voyage doit s’effectuer sans masque, pour ensuite être capable de le faire tomber dans la vie de tous les jours. Pas de drogue pour éprouver réellement les choses, pas de bouclier. Quitte à avoir mal. C’est ainsi que les voyageurs remplis de leurs certitudes et de leur sentiment incroyable de supériorité gagneront en humilité.

Sans se dévoiler, on ne mue pas. On rentre inchangé, le voyage est donc raté (et on aura besoin sous peu d’une nouvelle dose). On maquillera sa vie pour se donner l’âme vagabonde, on encadre nos photos, on s’identifie à un explorateur et on entretient son “chez soi” au millimètre près (c’est ce qui rend parfois ces jardins aussi triste qu’un billard). On tombe dans le piège de l’illusion et on banalise l’extraordinaire quand le vrai voyage lui le révèle. Tout comme le monde, le voyage ne peut être une marchandise.

Ces néo-explorateurs sponsorisés n’ont plus rien a voir avec les fous de la route d’antan comme Nicolas Bouvier, Levi-Strauss, Monod, Kerouac, Cousteau etc.. Ce sont des prédateurs, des vendus en quête de proies “sensationnelles”. Ils ne s’intéressent pas au monde, à sa réflexion, encore moins au droit de l’Homme. Ils végètent dans leur piscine en draguant une belle nana.
Récemment, un ami me demandait quel pourrait être mon “modèle” de voyageur. Sans modèle, je pense que pour bien voyager il faut quitter nos amarres avec l’âme d’un enfant. Sans plan, avec naïveté, curiosité, en quête d’apprentissage. En s’intéressant à l’autre sans arrière pensée. Je ne me considère pas comme un voyageur. Plutôt comme un étudiant du Monde, quand je suis sur la route, je suis à l’école. Le Voyage m’apprend à apprendre.

Burkina FasoCinéma en mouvement – Burkina Faso 2013

KallawayaJeune kallawaya – Bolivie 2012

EquateurLas carishinas se lient d’amitié – Equateur 2012

Grâce à lui, j’ai compris deux ou trois choses que biens des personnes sont capables d’apprendre sans recourir au voyage. C’est donc qu’ils sont plus aptes à la réflexion que d’autres, qu’ils ont la sagesse de recourir à leurs forêts intérieures sans quitter leur chez eux. Je n’en suis pour l’instant que peu capable.
Je critique les touristes-voyeurs, les voyageurs-prédateurs (que j’ai peut être été dans le passé), mais il en est de même pour ces gens, comme moi aujourd’hui, qui souhaitent prendre la route pour des années. On m’a souvent dis “tu es courageux”, “un vrai aventurier”. Mais au contraire, si on se penche un peu sur ce qui motive ces vagabonds à partir, ce n’est rien d’autre que de la lâcheté.

La lâcheté de ne pouvoir rester dans un monde qu’ils ne comprennent plus. Au quotidien, je regarde notre société comme un tableau dans lequel je ne veux plus être, et observe souvent les gens de mon âge comme si je venais d’une île lointaine. Déconnecté. C’est à cause de cela que l’existence devient errance. Car incapable de voyager au quotidien à leurs côtés et d’apprendre à naviguer en mon être de façon immobile.

Théodore Monod dit avec justesse à ce sujet : “un peu comme à la brulure d’un regret, après l’espace vaincu, cette bataille gagnée, oubliant les promesses de bonheur dont il enchantait ses jours de détresse. Le vagabond se découvre soudainement las d’une liberté en cage. Il soupire après sa prison sans barreaux et un beau matin… Il reprend le large.”

Pour parvenir à ne plus être dépendant de la route, il faut faire face à nos émotions. Comme je le disais plus haut, les plus beaux voyages sont ceux qui nous font mal. Ils nous font penser nos plaies et mettent des mots sur des maux. Ils adoucissent nos vies en nous ouvrant les yeux.
 Mais comment leurs faire face si ce n’est en étant seul dans l’imprévu, la désorganisation, la crainte, l’attente et le doute?

Il y a un mal du vide qui est bien de notre temps. Peur du vide d’une présence, peur d’être seul(e), de la mort, peur du vide d’une journée, de douter. On craint d’avoir à faire face à sa solitude. On cherche au quotidien à la dissimuler par une agitation frénétique, qu’on aveugle par une consommation à outrance, des écrans, un planning etc. On s’alourdi d’un programme de vie pour se planquer derrière une organisation, pour ne pas avoir à affronter ce vide.
 Mais pourtant je pense que ce néant est nécessaire à la vie. Un peu comme un dessin. Il nous faut observer la feuille blanche pour imaginer le sens qu’on veut lui donner. Apprendre à la découvrir. C’est en se connaissant face au vide qu’on parviendra à dessiner sa vie (et non plus à la calquer sur un modèle préconçu).

Le voyage m’a offert ce que la stabilité ne me procurait plus à l’époque. La magie des lieux et des gens m’ont appris à réhabiter mon être et à savourer le temps. Sur la route on vit seul et on se découvre (il y a une grande différence entre la solitude et l’isolement). Etre isolé c’est n’avoir aucun partage, être privé de rencontres, pas d’amour à offrir ni à recevoir… Etre seul à l’opposé, c’est apprendre à être soi même, sans masque, sans mensonge, pour mieux s’offrir aux autres et apprendre d’eux.

Dans les villes on constate vite que même si on foule les mêmes rues, sous le même ciel, tout le monde est terrifié du regard de l’autre. On se dit souvent je t’aime pour ne pas se dire la vérité. Combien de personnes sont en couple avec des gens qu’ils n’aiment pas d’un amour réel? Ils restent ensemble seulement car ils n’ont pas peur de l’autre. Et c’est ainsi que ces illusions secrètent un ennui si confortable qu’il en deviendrait presque rassurant (plus à affronter le vide).

La route permet d’apprendre à réhabiter ce vide (ce que notre société nous force à combler par l’illusion et un trop plein d’égo). Beaucoup de gens semblent vivre entourés, ils ont d’innombrables fréquentations mais sont en fait isolés, alors que d’autres à l’apparence plus marginale ont appris à se connaitre et sont plus aptes à la découverte et au partage. Pourquoi? Car c’est ce choix de la solitude qui laisse la place aux rencontres. En effet, seul les émotions sont décuplées.
On s’exerce à les connaitre. C’est apprendre à se lire pour mieux se raconter, pour ne plus avoir peur de l’autre. Et c’est ainsi qu’on parviendra à être capable d’aimer les choses/les gens pour ce qu’ils sont (et non ce qu’ils donnent à voir, en cessant de les utiliser comme un masque). Car l’amour, le vrai, c’est s’abandonner à l’autre, se dévoiler totalement en relâchant ses craintes. Celui qui n’a jamais pris le temps d’être seul en son être ne peut connaitre la compagnie.

 « L’homme civil veut que les autres soient content de lui, le solitaire est forcé de l’être lui même ou sa vie lui est insupportable. Aussi le second est forcé d’être vertueux. » – Rousseau dans sa cinquième promenade

Toujours dans cette peur, on comble nos moments de vide au maximum, on cherche à “tuer le temps” mais c’est pourtant lui qui nous fait grandir (comme le voyage selon N. Bouvier). C’est se remplir d’illusion que de chercher à s’en débarrasser. Il faut le laisser infuser en nous, savourer le temps qui passe avec passion. Le vrai voyageur ne cherche pas à “tuer le temps”, mais à l’épouser.

Fantomes urbainsFantômes urbains – Mexique 2012

SerbieSavoir prendre le temps – Serbie 2011

NiagaraChutes Niagara de nuit – Canada 2010

Rencontre

Bénin 2013

On constate que depuis toujours le meilleur moyen de contrôler les populations a été de créer des frustrations et d’y répondre de façon à gérer les espaces temps. Cela a souvent été la cause de conflits. On nous croule sous l’abondance pendant que l’on vomit nos plaisirs. C’est ainsi que les gens sont pris à la gorge, menottés au temps (symbole des montres). On les oblige à travailler du matin au soir, on les abrutit de faits divers, on leur inflige des besoins qui ne leur ressemblent pas pour combler le vide. Interdiction de trainer la patte, de “perdre leurs temps”, le temps c’est de l’argent… On comprend alors leur envie de fuite mais ils s’en sentent incapables. C’est pourquoi ils s’abritent dans du matériel. Ils dépensent leurs remords dans des marques (souvent pour se rallier à un groupe d’individus et ne plus se sentir isolé), se cachent derrière un grand écran et dispensent leur envie de fuir le passé dans une grosse bagnole.

Fuir? C’est une envie également commune chez bien des vagabonds. Non pas en cabriolet ou en se barricadant derrière une télé, mais en prenant la route.
Le courage serait de regarder les autres en face. Les premiers les regardent avec un masque, quand les seconds leur tournent le dos. Le mérite qu’on peut accorder à ces derniers c’est qu’ils apprennent ainsi petit à petit à se connaitre et à se dévoiler.

D’où nait cette envie de prendre le large? 
D’un constat simple quand on ne comprend plus le Monde et son système qui ne doute de rien. Comment en sommes-nous arrivés à défendre les capitaux au détriment d’humains. Comment est-il possible d’observer aujourd’hui une telle indifférence face à l’ampleur du désastre. Donc oui l’envie de fuir. Non plus le Monde comme au départ, mais son idée. Fuir cette invention qu’on nous ressasse comme quoi la meilleure chose que nous avons à nous partager serait la productivité, la croissance, la rentabilité, le succès, le “pouvoir” (drôle d’expression que “le pouvoir d’achat”).

Alors on me dira qu’il faut y croire, se révolter, manifester… Cela a été le cas pendant les premières années, j’y croyais. J’aimerais encore y croire aujourd’hui mais comment? Quand on regarde aujourd’hui les manifestations qui animent le monde, elles sont fondées sur des idées aussi cupides que le système qu’elles combattent. Pour la plupart elles ne cherchent pas à renverser le monde bourgeois, mais à y parvenir. Je ne crois plus que le monde changera, je ne crois plus en la politique car aucun de leurs systèmes (gauche, droite ou autres) ne changeront les choses en bien. On change de trottoir mais pas de route. La seule façon pour s’efforcer de rendre le monde meilleur est d’abord (et surtout) de prendre le temps à être bon en soi (dans son monde) pour ensuite être capable de l’être autour de soi.

« Nous ne connaissons que la route, la route qui a pour guide tour à tour, le soleil et les étoiles. Nous partons de notre cœur, et nous tournons autour de lui en cercles de plus en plus grands, pour enlacer les autres cœurs dans un cercle de vie, comme l’horizon autour de ton troupeau et de toi-même. » – Touareg Dassine Oult Yemma

C’est pour cela que je prends la fuite, conscient que le monde ne changera pas, je préfère apprendre à connaitre le mien (faire face à ce vide) au lieu de vivoter dans un paradis artificiel. Avoir ensuite la possibilité de le partager avec les autres en découvrant leurs propre mondes pour mieux s’apprendre et mieux s’aimer. La logique est simple (pas pour autant facile à réaliser) si l’on veut changer de monde il suffit de changer de chemin… Toutes les routes mènent à Rome? Non! Uniquement celles construites par les romains.

« Ce n’est pas parce qu’ils sont tous deux félins, que le chat est tenu de vivre selon les lois du lion. » – Baruch Spinoza

CroatieCroatie 2011

Si vous le souhaitez, voici quelques conseils de lecture en lien avec ces réflexions : Manifeste vagabond (Blanche De Richemont), Eloge du voyage désorganisé (par Franck Michel) ou encore L’amour la solitude
 (d’André compte Sponville).

Ci-dessous quelques voyageurs d’aujourd’hui qui ne cherchent pas le rendement décrit plus haut mais un réel partage d’idées et de valeurs nobles : Frederic Lemalet, Sébastien Viaud, Juan Pablo Villarino, Caroline Riegel, Jean-Marie Le Clézio, Jean Malaurie, Olivier Weber, Titouan Lamazou, et bien d’autres…

😉

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4 Réponses to “4 ans de voyage (la suite…) Etat des lieux – Partie 2/3”

  1. Corinne 17 mai 2013 à 15 h 15 min #

    Décidément… Tellement de choses à dire et à ressentir. Encore une fois, les larmes montent aux yeux (pourtant, ma sensiblerie laisse difficilement des traces physiques). Tous ces sentiments que tu décris (jusqu’à la façon dont j’abhorre les manifestations :p) m’ont retournée et remise en question durant ces dernières années.
    De certitudes, j’en ai des foules, mais je sais qu’elles sont temporaires, que demain je pourrai dire l’exact contraire. Trouver un sens? Renoncer à trouver un sens et la question n’existe plus, et l’on reste confronté au temps…
    Plus jeune, l’ennui et la solitude m’effrayaient mortellement. Aujourd’hui, plus le temps passe plus j’apprends à les aimer, ils deviennent mes compagnons de voyage, ils m’aident à porter les lourds bagages émotionnels que je traîne partout avec moi.
    Ton texte me fait par morceaux penser à Raymond Depardon (Errance) peut-être cela pourrait te plaire. C’est un lecteur de mon blog qui me l’a fait découvrir alors je fais suivre à mon tour.
    Fuir, oui/non. Plus je grandis plus mes avis se font neutres. Rien, ou alors tout? devient justifiable. Les innombrables différences culturelles rencontrées me l’ont appris, il n’y a plus rien qui soit bon ou mauvais. Tout est relatif à soi, toujours. Jusqu’au crime (l’occidental parle de crime, avec son système judiciaire) qui se justifie ailleurs.
    À chaque fois que je me pose une question je suis désormais renvoyée à ma solitude et à mon ennui. D’abord déroutée, je me reprends, de plus en plus rapidement et aussitôt que je me souviens qu’ils sont mes compagnons et non mes ennemis, je me sens heureuse, pleine de cette chance que j’ai de pouvoir respirer, marcher, ressentir, me souvenir… et voyager.

  2. Corinne 17 mai 2013 à 15 h 22 min #

    L’autre Corinne: et pourtant je me retrouve dans tes clichés, dans tes histoires de listes, de chiffres, de choses à faire, d’objectifs mal placés, dans l’envie d’aller voir tout ce que je peux lorsque ennui et solitude prennent trop de place dans ma vie, lorsque je suis fatiguée, lorsque je remets tout en doute.
    Et alors je fuis. Et ça fait mal. Et j’ai envie de me défendre, de te dire « pour qui te prends-tu » de juger ceux qui en font ainsi. Et pourtant moi aussi, je l’ai fait, je continue de le faire. À travers tout mon parcours j’ai eu envie de parler aux gens, de montrer à ceux qui pensaient ne pas être suffisamment courageux qu’au contraire, il n’en fallait pas, de ce courage. Mais parfois quelqu’un m’écrit, quelqu’un plein de responsabilités. Quelqu’un avec une famille peut-être, et me dit que je l’ai inspiré/e, que je lui ai montré la voie, qu’il/elle veut tout quitter. Et encore une fois je me rends compte de comment l’on peut influencer de manières dont on ne souhaiterait pas influencer. Pourtant il faut s’y faire.
    Pourquoi ce besoin d’exprimer? De faire changer les choses? L’égo certainement. Et pourtant sans égo nous ne sommes personne.
    Bref encore une fois je reviens à la neutralité. Et à vivre et laisser vivre.

    • ticlem 19 mai 2013 à 12 h 20 min #

      Salut Corinne et merci d’avoir pris le temps de lire ces textes. Je suis toujours stupéfait quand je reçois des messages comme les tiens, qui viennent d’inconnus. Touché par leur patience à lire ces mots intimes. Tout comme toi j’ai la chance d’échanger régulièrment des mails et des réflexions avec des inconnus.

      Donc merci! 

Encore plus pour tes commentaires tes mots et tes réflexions! Tu trouveras certainement la majorité de tes réponses dans la partie 3 mais en vlà quelques morceaux.

      Je suis bien d’accord avec toi lorsque tu évoques l’un de tes adages préféré “vivre et laisser vivre”. Mais dans la pratique cela est bien plus compliqué n’est-ce pas? C’est l’éternel sujet de philo qui invite à se demander où s’arrêtent et commencent les libertés.

      
Dans la pratique, j’ai vu, commis bien des erreurs en voyage. Comme tu le dis toi même nos voyages ont tous un impact qu’on le veuille où non et il est bien difficile dans ce qui se transforme souvent comme une course (à cause de cette liste, des choses à faire etc) d’avoir le pied léger. Enormement d’exemple, les bushmen du Botswana, les îles Andamans, les moken de Thailande, les Embera du Panama etc… Donc vivre et laisser vivre? Je dirais plutôt vivre sans empêcher de vivre. 😉 Qu’en penses tu?


      Là où nos points de vue diffèrent (et c’est tant mieux!) c’est que nous ne percevons pas le voyage de la même façon. Tu voyages de pays en pays (mais en conservant le même mode de vie malgré tout) quand de mon côté je cherche à changer de mode de vie, à me confronter à la rue et en tenter d’apprendre des savoirs indigènes à ma façon.

      En conséquence va de soi que si nous nous posons pas les mêmes interrogations, il est difficile d’en arriver aux mêmes réponses.
Tu le dis toi même tu aimes les villes et leurs masses car cela te permet de rentrer dans l’anonymat (quand de mon côté je cherche à mieux me dévoiler – à ne pas confondre avec se montrer – pour être plus disponible à la rencontre et l’inattendu. Mais le point commun qui est intéressant c’est que tout deux nous souhaitons vivre les choses aux présents (quand tu dis “j’aime les regarder se mouvoir”).

      Quand au “pour qui te prends tu”. Personne! Justement j’évoque toutes ces personnes qui donnent des conseils à foison (que tu denonces également dans certains de tes textes) comme la bible du voyageur du lonely planet etc. 
Mais une nouvelle fois nous n’avons pas la même conception du voyage, donc comment voir les mêmes choses d’un angle différent?
 J’ai vu bien des endroits où ce mode de voyage (que j’ai également eu dans le passé) a été néfaste pour bien des peuples et bien des gens. Tu le dis toi même dans ta présentation, tu ne te sens à ta place que dans un train ou un aéroport (j’aime bien ton image d’un oiseau sans patte), tu pars ou arrive, l’éphémère est pour toi garant d’intensité (et ça se comprend!), car tu le dis également, la peur de faire face à l’ennui, de se dévoiler. (Alors que de mon côté c’est ce que je cherche, m’ennuyer, patienter, faire face à mes emotions – qui ne peuvent se dévoiler que dans l’ennui lorsqu’on ne les masque pas par une autre activité).

      Donc voilà, pas la même vision, de mon côté c’est plutôt une rupture avec la société et de ton côté un changement de lieu/de vie éphèmere, mais ton mode de vie reste le même tu travailles, tu consommes, tu savoures les plaisirs de la vie en les consommant parfois (symbole de la bucket list, une fois que c’est coché, c’est consommé), puis besoin d’argent, on travaille, on consomme, tu souhaites créer une start-up et appelle aux dons pour financer ta route… Peu importe le lieu le mode de vie reste donc le même (il n’y a aucun mal à ça si ton adage est respecté “vivre et laisser vivre” mais il est très dur je pense de parvenir à ne pas être néfaste dans notre société avec ce mode de vie… Je t’invite notamment à consulter ce site : http://survivalfrance.org/ et si jamais le dossier « survivre au progrès ». Tu verras que bien des façons de voyager peuvent être néfaste et l’adage en question prend feu dans l’illusion.

      Mais une nouvelle fois marrant aussi de voir comment des visions différentes comme les nôtres peuvent amener aussi aux mêmes réflexions (ça se complète. paradoxale non?). Notamment quand tu dis que tu crois plus en l’humanité (quand de mon côté c’est en la société) mais que tu crois en la valeur (humaine) de quelques individus, et pour moi cette phrase résume à elle seule le voyage tel que je le conçois, tel que nous le concevons semble t-il ^^

      Une nouvelle fois je te remercie d’avoir posé tes réflexions sur ces textes et ne te souhaite que du bon dans tes projets! Concernant ta liste (même si comme tu l’as vu j’ai un peu de mal avec ça! Haha!) je peux ptet t’aider concernant le parapente 😉 Ce sera avec plaisir!

      
P.s : merci également pour le conseil au sujet de l’errance de Raymond Depardon. De mon côté je te recommande Eloge du voyage désorganisé de Franck michel et le manifeste vagabond de Richemont.



      Merci et au plaisir de te croiser sur la route (ou dans les airs)!

      Ticlem

  3. Sarah 12 septembre 2013 à 16 h 21 min #

    Clément c’est tellement dérangeant et tellement vrai, je n’ai même pas de mots.
    On sent dans tes textes sur le voyage une telle humilité, une telle profondeur, un relief véritable. C’est vraiment toi qui parle c’est sûr, c’est pas l’égo.
    J’aurai pu écrire ce texte, car au fond de moi, tu décris exactement ce que je ressent depuis des années. L’envie de fuite, oh oui. L’envie aussi de se découvrir, de ne pas avoir peur de passer par le ténébres. Ils font parti du voyage. Le monde extérieur n’est que le reflet de notre monde interne. Ton voyage de 4 ans, c’est le voyage de ton âme vers la connaissance.

    Comme tu dis, accumuler des lieux, dire « j’ai fait » au lieu de le vivre, de sentir le lieux. Et pour sentir un lieu,il faut ralentir, pour que s’établisse la connexion. Les gens accumulent sans vraiment goûter au plaisir du véritable voyage. Car le voyage, qu’est ce que c’est d’autre qu’un chemin vers soi. On découvre le monde en même temps qu’on se découvre. Les chemins se rejoignent : nous sommes le monde et le monde est en nous.

    Bien à toi

    Sarah

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