Nanga def (Sénégal)

23 Nov

Catégorie : #Sur la route

Un bonjour à tous depuis le Sénégal! Arrivé il y a une semaine j’ai retrouvé mon âme jumelle, Julien Masson, le lendemain de mon arrivé. Pas vraiment de plan si ce n’est assister cet ami photographe et réalisateur pour travailler sur « Mémoire en marche« . Un projet portant sur les tirailleurs sénégalais durant la seconde guerre mondiale. En à peine quelques jours, l’impression de retourner à l’école aux côtés de ces témoignages bien trop souvent tombés dans l’oubli.

Ces anciens combattants (parfois âgés de 94 ans) te content leurs histoires avec l’enthousiasme de gamins qui se confieraient leurs secrets durant une récréation. Ils te racontent alors le froid, la peur, le racisme, et les nouvelles amitiés avec leurs frères d’armes blancs ; comment parfois ils ont lutté afin d’avoir des portions de nourriture de manière équitable :

“On voulait juste avoir assez de force pour mourir”.

Saliou Dieng, ancien combattant, tirailleur ayant servi la France de 1939 à 1952. Agé aujourd’hui de 94 ans. © Julien Masson

Nous avons eu notamment le plaisir d’être invité à des colloques, forum auprès d’historiens, de chercheurs, d’universitaires afin d’échanger sur l’importance du devoir de transmission. L’histoire du Sénégal se réécrit en ce moment même et c’est avec bonheur que l’on rencontre une jeunesse à la conscience éveillée, prêt à faire de l’Afrique cette Dame qui mérite le respect.

Aux côtés de Julien j’ai le plaisir de voyager comme je l’aime. On s’est rarement senti aussi bien qu’avec le peu qu’on a (c’est à dire tout) : amitié, rencontres, et partage. Je suis parti au Sénégal sans vraiment savoir pourquoi. Certains voyagent car ils sont jamais partis, l’envie de découvrir le monde. De mon côté je suppose que j’ai décidé de me tourner vers ce pays car j’étais trop souvent parti. Le besoin de m’assoir pour penser, faire le point. partir non pas pour voir de nouveaux lieux mais voyager pour ouvrir de nouveaux yeux.

Des nuits alors à s’interroger sur mon rapport au monde, à me heurter à mes réflexions. La nuit m’aide à méditer, c’est dans ces moments que je me donne la force pour changer, apprendre, m’analyser. Pour mieux comprendre sa présence, il faut – je pense – saisir qu’avant de chercher à apprendre et comprendre l’humanité, il nous faut réapprendre à être humain.

IMG_0309Vue de la cabane où l’on réside

Ces donc aux côtés de rencontres impromptues que je retourne à l’école, l’histoire de Madou pêcheur haut de 2 mètres avec le sourire sincère et “l’âme tendre” (comme on dit en arabe) ; le visage de ce gamin talibé qui a essuyé des coups et ses yeux quelques fois ; les confessions d’Abdoulaye, jeune Gambien sorti de 7 mois prison libyenne pour avoir tenter de passer clandestinement vers l’Europe ; l’envie d’apprendre et partager cette volonté commune de s’en sortir qui de toute façon fait que rien ne les arrêterait….

La TV et les médias transforment paradoxalement le globe en un village où l’on ne s’intéresse même pas à l’histoire de son voisin. Jamais le monde n’a été aussi fermé qu’actuellement (frontières, murs où même plus proche de nous en regardant nos attitudes dans les transports en commun). On laisse le monde se barricader, certainement car nous sommes du bon côté, les esprits sont pauvres et on entend beaucoup parler d’argent, par sécurité comme on nous le répète depuis des décennies ; prisonnier de nos chaines et de nos craintes puisque la télé commande.

Je pense que s’enfermer dans une mentalité d’agressé peut-être dévastateur. On se barricade, on se camoufle, on ne cherche plus, on n’avance plus, on délaisse la rencontre et donc l’apprentissage de l’Autre. Depardieu est loin d ‘être un modèle mais j’avoue être d’accord quand il dit :
« Aujourd’hui il n’y a plus de presse, on est dans un monde de réseaux sociaux où tout le monde s’encule ».

Tout dans l’instant, il nous faut du people et du buzz, se mettre une cuite avant de boire l’alcool, atteindre l’orgasme avant même de se faire l’amour. Face à ce monde pressé et nombriliste, je perçois le voyage comme une action non violente pour se changer et changer le monde. Avoir la volonté de se déplacer et aller vers l’autre, finit par devenir un acte politique pour s’imprégner plus profondément des choses et des êtres.

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2 Réponses to “Nanga def (Sénégal)”

  1. shimbalaieproject 23 novembre 2014 à 15 h 57 min #

    Il est parfois bon de poser son sac pour faire le point ! Je te souhaite une belle escale au Sénégal. Plein de bonnes vibes pour vous et le beau projet sur lequel vous bossez avec Julien. Merci de partager tes expériences et réflexions. Each one teach one 😉

    • ticlem 23 novembre 2014 à 17 h 34 min #

      Merci à toi de prendre le temps de nous lire!
      Des bises!

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