Une histoire de plumes

21 Jan

Catégorie(s) : #Sur la Route / News

Après ces années « sur la Route », je me suis longuement questionné sur l’outil à utiliser afin de donner la parole à ces rencontres le plus sincèrement possible.

Comment parvenir à proposer quelque chose aussi puissant que cette folie sérieuse appelée Voyage. Celle qui me faisait prendre un sac à 14 ans pour me barrer seul en Algérie et découvrir un pays et mes origines. Celle qui larmes aux yeux m’amenait à démissionner il y a plus de 5 ans pour apprendre à vagabonder au plus près de mon cœur.

Avec toutes ces émotions liées au voyage est né alors un inconfort étrange. Ce que j’appelle “le cheveu de Gandhi” (*1). Ce fil si fin qui sépare parfois nos actes et nos convictions. Après une telle “itinérrance”, il est quelques fois difficile de voguer entre l’envie de partager, et le besoin de témoigner.

Parfois on hésite même à en parler, comment mettre sur la table ces choses si intimes, quand, par exemple, les gens autour de vous vous considèrent comme l’attraction de la soirée. Pas vraiment l’envie de s’afficher, de se raconter, mais en même temps, ne pas partager toutes ces sensations, ces témoignages refléterait de l’égoïsme…

collageclem

Je me suis alors questionné sur mon rapport au Monde.
On en parle rarement de ce côté-là du voyage… L’inconfort prenant place en votre être. Ces moments où vos convictions vous reviennent en pleine gueule!
Faut avouer que ça nous sort un peu des clichés des cartes postales et des images flatteuses que nous vendent ces “voyageurs professionnels”.

Ce truc qui fait que quand tu es de retour “chez toi” tu te sens à l’étroit, t’as l’impression d’être dans une peinture qui te déplaît, de plus comprendre les personnages qui font partie de ton tableau, l’envie de faire péter le cadre!

Vos sentiments sont connectés à des lieux, à des visages, et de retour au nid douillet on n’y comprend plus rien… Comme l’impression de ne pas/de ne plus respecter nos rencontres et nos émotions.
Mais c’est ça… le voyage vous change.

portraitsPortraits croisés /Rencontres

On se retrouve incapable de confier où a mener notre fuite, car on a couru trop longtemps tout droit dans le sens du devenir, en oubliant que parfois pour avancer il faut savoir revenir.

Il n’est ainsi plus question de vivre du voyage, ni même qu’il se convertisse en philosophie, mais que le voyage soit un état d’esprit à développer au pas de sa porte (et pas forcément au bout du monde).

Dans mes réflexions, je me suis alors armé d’une feuille et d’un stylo pour penser un projet en réponse à mes questions et apaiser mes délires d’insomniaque d’un soir. J’ai ainsi passé des mois, des années à me confier à ma plume, à m’interroger et à observer mes questions sans réponses.
Face aux maux de mon esprit, des mots, un art oratoire.
Ecrire, écrire encore et toujours.
Ecrire pour crier en silence mes questions.
Les mots passants sur la vie errante (*2) ma plume aurait pu faire mine de se faire belle, mais j’ai préféré la garder sincère, la laisser planer afin de poser des idées noires sur une feuille blanche.

“Ecrire, c’est parler tout seul en espérant que quelqu’un écoute.
Ecrire, c’est accepter de déplaire
Ecrire, c’est avoir les mains sales.” Karine Tuil (écrivain)

Comment parvenir à partager ces émotions capables de te changer l’espace d’un regard, d’un sourire. Ces visages qui te font passer des nuits à arranger le monde comme un doux rêve.
Ces moments répétitifs on le fait, défait, refait son sac sur le trimard, comme pour ranger ses émotions et ordonner ses idées…

Après plusieurs années de test entre ateliers, cinéma itinérants, street art, et autres, je suis désormais sur de moi : La Photographie.

La Photographie mais pas seule…
Une photographie mêlant Street Art, reportages, pas celle qui se planque dans des galeries, mais la photographie qui s’immergerait dans notre quotidien, qui s’afficherait dans la rue. Un instantané qui inviterait à faire une pause dans nos vies pressées.

CollageRéalisation « couleur du vent » à Las Palmas de Gran Canaria (Espagne)

Selon diverses études, chaque jour nous serions exposés à environ 1 600  publicités. Ces photographies permettraient d’aider à rétablir la balance entre le marketing et la philosophie.
Au coeur de la rue, elles permettront de donner la parole aux voix minoritaires tout en proposant aux passants « du journalisme à hauteur de coeur”. Convier ainsi à une prise de conscience de la pluralité des cultures d’aujourd’hui et permettre à travers ces  « rencontres impromptues » de symboliser un cheminement hors des frontières.

Au quotidien, je constate avec tristesse un certain renfermement… En plus du symbole des montres qui nous menottent au temps, les smartphones (*3)!
LA grande nouveauté à laquelle je ne comprenais rien il y a encore quelques semaines.
Des nuques penchées, des dos courbés, connectés parait-il mais inclinés… Inclinés comme pour ne plus regarder le monde en face. 
Attitude scoliosée d’un peuple apeuré de converser avec son voisin du jour, au détour d’un bus, d’un tram ou d’un métro.

J’ai longtemps maudit cet outil. Face à ces écrans, notre ouverture d’esprit se réduit proportionnellement à la grandeur de nos égos, on s’affiche comme des tags sur les réseaux à grand coup de selfy. On se donne l’illusion de s’ouvrir au monde pour mieux se renfermer sur nous-même. On a plus le temps de voyager pour rencontrer et s’assoir, car on surf, on tweet, on “partage” pour exister dans le regard des autres.

Puis vint l’idée… Pourquoi ne pas utiliser cet outil comme une béquille pour se redresser, relever la tête et regarder le monde dans les yeux?
Insérer sur chacune de ces photos de rue, ce qu’on appelle un QR code (vous savez ces petits carrés noir et blanc qu’on voit partout). En scannant la photo dans la rue avec votre téléphone, vous vous retrouvez directement sur un reportage en ligne (gratuit) lui étant dédié.

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A-1421064607
C’est ainsi que depuis plusieurs mois je travaille sur la création du collectif Vies de Quetzal.
Je me suis associé avec des amis photographes, écrivains, artistes afin de monter ce collectif qui souhaite « donner la parole aux sans voix » de manière bénévole.

L’idée est simple : réaliser des reportages par la biais d’ateliers photos auprès de voix minoritaires (peuples indigènes, clandestins, sdf, …), et diffuser ces derniers par le biais du Street Art et de l’art de rue.

Je viens d’officialiser la chose il y a quelques jours en lançant un Crowdfunding (financement participatif) sur internet. Différentes manières pour soutenir ce projet novateur, que ce soit via vos réseaux ou via des contreparties allant de 5€,10€, 25€, 50€ et +
Ces petites sommes permettront une fois rassemblées de créer un réel budget qui nous offrira la possibilité de produire et diffuser au mieux ces reportages.

Si vous souhaitez nous accompagner dans cette démarche il vous suffit de suivre ce lien :
http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/collectif-vies-de-quetzal–2

Un projet qui je l’espère propose un reflet, non pas seulement réfléchi, mais aussi et surtout ressenti.
A mes yeux les choses ne peuvent être belles que si elles sont faites avec le coeur. Avec ce dernier on ne produit pas, on partage, on vibre, on aime.
On palpite sur la route comme pour mieux enlacer un amour sincère.
On propose alors quelque chose qui vit, et qui grandira dans le partage.

D’avance, merci à tous pour votre soutien!

Clément 🙂

*1 : Le cheveu de Gandhi est un texte publié sur le blog en septembre 2014 ;
*2 : La Vie errante est un récit de voyages écrit par Guy de Maupassant et publié en 1890 ;
*3 : Le photographe anglais Babycake Romero a dédié une série « la mort de la conversation » au sujet des smartphones ;
*4 : Pour soutenir Vies de Quetzal sur KKBB, merci de cliquer ici.

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2 Réponses to “Une histoire de plumes”

  1. Marita 21 janvier 2015 à 20 h 52 min #

    Merci pour ce partage si vrai, si sincère, et écrit d’un style qui t’appartient…
    tu sais peindre avec les mots …

  2. Addybou 21 janvier 2015 à 23 h 54 min #

    A chaque lecture, je suis toujours autant secouée, bouleversée et interloquée.
    Merci Clément pour ce que tu acceptes de partager avec nous.
    J’espère sincèrement que le projet va se réaliser ! On y croit 😉

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